Redevance audiovisuelle : vraie arnaque et faux débat

27 Juillet 2022

La suppression de la redevance audiovisuelle figure parmi les mesures présentées par le gouvernement dans le cadre de la loi pouvoir d’achat.

D’un montant de 138 euros par an quels que soient les revenus du foyer, elle finançait les entreprises publiques de l’audiovisuel, comme France Télévisions et Radio France.

Leur budget sera désormais alimenté par une partie des revenus de la TVA qui, elle aussi, taxe à l’identique les achats de tous, que l’on soit milliardaire ou au RSA. Or, avec l’inflation, le montant de la TVA prélevée augmente mécaniquement. La feuille d’impôt sera allégée de 138 euros (soit à peine plus de 11 euros par mois), mais le gouvernement va récupérer de la main droite ce qu’il aura rendu de la main gauche, du simple fait de l’augmentation des prix.

Si les macronistes ont trouvé sans difficulté le soutien de la droite et du RN, la Nupes s’est opposée à la suppression de la redevance, au nom de l’indépendance de l’audiovisuel public. Mais sont-ils indépendants, les présentateurs des JT de France 2 qui ressassent à longueur de journal que, si les chômeurs ne trouvent pas de travail, c’est parce qu’ils sont mal formés, que si l’armée française est en Afrique c’est pour défendre la démocratie, et que les grèves menacent la bonne santé de l’économie ? Ces journalistes stars abreuvent les téléspectateurs des mêmes discours nationalistes, conformistes et antiouvriers que ceux des chaînes privées. Leur morale et leurs idées ne dépendent pas du statut de leur entreprise, mais de leur appartenance au même milieu social que les dirigeants économiques et politiques, et de leur attachement profond à l’ordre social bourgeois. Leur travail est de le défendre, et ils s’en montrent conscients, qu’ils dépendent de l’État ou directement de capitaux privés.

Heureusement, on ne trouve pas que cela sur l’audiovisuel public. Mais les journalistes soucieux d’enquêter librement n’échappent pas à la censure de leur direction, quand leur travail déplaît au pouvoir ou à des groupes capitalistes puissants. Ceux-ci ne manquent d’ailleurs pas de moyens de pression sur l’audiovisuel public, par exemple à travers le marché de la publicité.

Des milliers de techniciens, ouvriers, employés qui font tourner ces entreprises craignent que cette réforme du financement n’annonce de nouvelles baisses de moyens. Mais l’existence de la redevance ne les a jamais protégés, comme en témoignent les suppressions d’emplois et restructurations imposées par les directions de France Télévisions et de Radio France ces dernières années. Ces attaques ont d’ailleurs provoqué de nombreuses réactions, et des grèves déterminées, dont l’une a duré plus de deux mois à Radio France fin 2019 et début 2020.

Cette force collective et le soutien de l’opinion publique seront un moyen bien plus sûr de défendre leur gagne-pain et la liberté d’expression dans ce secteur que la perception d’une taxe.

Claire DUNOIS