Italie : de Draghi à Salvini et Meloni

27 Juillet 2022

Jeudi 21 juillet, le chef du gouvernement italien Mario Draghi a finalement remis sa démission, amenant le président de la République Sergio Mattarella à annoncer la dissolution de la Chambre des députés et du Sénat, et la tenue d’élections anticipées le 25 septembre prochain.

Rien ne semblait joué pourtant après la première annonce de démission de Draghi, le 14 juillet, que le président avait refusée. Les sénateurs du Mouvement 5 étoiles (M5S) fondé par Beppe Grillo avaient fait défection lors d’un vote de confiance, voulant ainsi marquer leurs distances alors que ce vote ne faisait pas perdre la majorité à Draghi. Mais celui-ci a saisi l’occasion pour mettre au pied du mur les députés de cette majorité d’union nationale installée en février 2021.

Il s’agissait alors de mettre à la tête du pays cet ex-­dirigeant de la BCE (Banque centrale européenne). Banquier censé inspirer confiance à la bourgeoisie de toute l’Europe sur la stabilité politique de l’Italie et sa capacité à payer sa dette, Draghi avait eu le soutien plus ou moins contraint et forcé de l’ensemble des partis à l’exception du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), héritier du parti fasciste et dirigé par Giorgia Meloni.

Cette fois pourtant, les appels à faire preuve de responsabilité politique en reconduisant ce grand financier à la tête du pays n’ont pas suffi. La raison en est simple : les élections législatives prévues pour 2023 approchent. Il faut y ajouter, et ce n’est sans doute pas le moins important, que le délai de quatre ans et six mois de mandat nécessaire pour obtenir une pension de parlementaire sera écoulé depuis les précédentes élections de mars 2018, et que cela rend visiblement les élus plus ouverts à une dissolution du Parlement...

Le 20 juillet, lors du deuxième vote du Sénat, Draghi n’a donc pas eu les voix attendues, car outre le M5S, la Ligue de Salvini et le parti Forza Italia de Berlusconi se sont abstenus. Les deux partis de droite ont sauté sur cette occasion de provoquer la crise tout en pouvant en attribuer la responsabilité au M5S et à son « populisme ». En effet, les résultats électoraux récents et les sondages leur permettent d’espérer une nette victoire de la droite et de l’extrême droite dans le prochain Parlement. Ainsi l’unité pourrait se rétablir entre la droite de Salvini et Berlusconi, qui soutenaient le gouvernement, et Fratelli d’Italia qui affirmait se placer dans une opposition responsable. Ainsi se constituerait une large majorité, derrière une Giorgia Meloni qui se prépare déjà au rôle de Première ministre.

Ainsi, aux cotés d’alliés ne valant guère mieux, c’est le parti héritier du parti fasciste qui pourrait présider le prochain gouvernement. Il faut dire que tous les principaux partis de l’Italie dite démocratique ont fait de leur mieux pour le dédiaboliser et l’aider à apparaître présentable. De leur côté, les partis héritiers de la gauche, comme le Parti démocrate issu du Parti communiste, en assumant toutes les politiques gouvernementales de ces dernières années, n’ont pas seulement nourri l’abstention au sein des couches populaires : ils les ont aussi en grande partie livrées à la démagogie raciste et xénophobe des Berlusconi, Salvini et Meloni. Le M5S, d’abord apparu comme parti « anti-système », est allé dans le même sens quand il s’est mué en parti de gouvernement. S’il y a laissé les deux tiers de ses électeurs, ceux-ci n’ont pas tous été perdus pour l’extrême droite.

Dans ce sinistre panorama, tout ce que sait faire le Parti démocrate, héritier de la gauche, est de regretter le banquier Draghi et d’appeler à la responsabilité pour sauver l’Italie, son économie et ses capitalistes. Non seulement sa politique porte une large responsabilité dans le renforcement des courants de droite et d’extrême droite et dans sa propre déroute, mais il est prêt à la mener jusqu’au bout.

Malheureusement, ce sont tous les travailleurs et les masses populaires qui sont ainsi menés dans l’impasse. Ils ne pourront en sortir qu’en s’armant de leurs propres perspectives et en se redonnant de véritables organisations de classe.

André FRYS