Canada : hypocrite pardon papal

27 Juillet 2022

Au Canada, pendant un siècle, quelque 150 000 enfants amérindiens ont été enrôlés de force dans des pensionnats catholiques pour éradiquer leur culture, leur langue et les intégrer, y compris à coups de trique. Le pape a présenté ses excuses mais l’Église mérite-t-elle d’être excusée pour ce crime ?

Le 25 juillet à Maskwacis (Alberta), au Canada, le pontife est venu demander « pardon pour le mal commis » contre les enfants amérindiens maltraités dans les pensionnats gérés par l’Église catholique. Il a également déploré que des religieuses et des religieux aient participé à cette politique de « destruction culturelle », imposant aux enfants « des abus physiques, verbaux, psychologiques et spirituels ». Les témoignages des adultes ayant subi ces sévices qui ont duré jusqu’en 1990 sont saisissants, comme celui de cette jeune écolière frappée à coups de ceinturon par une religieuse, parce qu’elle n’assimilait pas assez vite les cours.

Le gouvernement canadien s’était lui aussi excusé, il y a quatorze ans seulement, pour avoir créé ces écoles destinées à « tuer l’Indien dans le cœur de l’enfant » avant de verser des millions de dollars en réparation à d’anciens élèves. L’Église anglicane a fait de même. Mais jusqu’à présent, l’Église catholique, qui administrait plus de 60 % de ces pensionnats, s’était toujours abstenue. Elle ne l’a fait qu’après que, en 2021, la découverte de plus de 1 300 sépultures d’enfants près des pensionnats a ému l’opinion. En avril dernier, le pape a donc dénoncé cette « colonisation idéologique » avant de se déplacer en personne. Les Amérindiens attendent maintenant le rapatriement d’objets d’art détenus par le Vatican depuis des décennies.

Les excuses et le repentir sont bien tardifs. Et surtout, ils ne doivent pas faire sombrer dans l’oubli les actes criminels, ceux-ci et bien d’autres, qui ont accompagné le déploiement du monde impérialiste sur toute la planète, et le rôle ignoble souvent joué par les Églises dans la mise aux pas des peuples.

Jacques FONTENOY