Afrique : Macron en tournée pour l’impérialisme français

27 Juillet 2022

Emmanuel Macron a entamé lundi 25 juillet une tournée africaine de quatre jours commencée au Cameroun, qui s’est poursuivie au Bénin et en Guinée-Bissau. Après la fin sans gloire de l’opération Barkhane au Mali, il entend défendre en Afrique centrale les intérêts de l’impérialisme français malmenés au Sahel.

On est loin en effet du temps où François Hollande, au début de sa présidence, se faisait acclamer au Mali, ou du voyage de Macron à Ouagadougou au Burkina Faso en novembre 2017. Il avait alors hypocritement conseillé aux étudiants venus l’écouter de prendre le sort de leur pays en main et de ne pas tout attendre de la France. Ceux-ci ont suivi ses conseils à la lettre, puisqu’ils bloquent désormais ses convois militaires et qu’une nouvelle visite du président français n’est même pas envisageable.

Macron se replie donc sur ce vieil ami de l’impérialisme français qu’est le dictateur camerounais Paul Biya. Celui-ci est au pouvoir depuis quarante ans, à la suite d’élections toutes plus truquées les unes que les autres. Son opposant lors de celle d’octobre 2018 a payé de neuf mois de prison le fait d’avoir osé contester les résultats. On ne compte plus au Cameroun les militants emprisonnés, torturés et exécutés dans l’ombre. Dans les régions anglophones, la répression de l’armée contre les mouvements séparatistes a fait des milliers de morts dans la population. Mais l’argent n’a pas d’odeur. Le Cameroun est encore le fief de nombreuses sociétés françaises, même si elles n’y ont plus l’exclusivité. Le pétrolier Perenco, qui a repris les activités de Total, est ainsi le premier producteur du pays.

Ancienne colonie de la France, le Cameroun est, jusqu’à aujourd’hui, resté dans son orbite. Avant l’indépendance, l’armée française avait mené une guerre féroce au mouvement populaire qu’était l’UPC (Union des populations du Cameroun), qui s’appuyait sur un soulèvement paysan massif. Elle avait assassiné son président Ruben Um Nyobe et les services secrets avaient propulsé à la tête de l’État un homme à eux, Ahmadou ­Ahidjo, puis veillé à ce que Paul Biya lui succède. Elf et Bolloré, ou ses prédécesseurs, y ont gagné la mainmise sur les richesses du pays.

Mais aujourd’hui la situation a évolué, et alors que d’autres concurrents sont sur les rangs, Macron ne voudrait pas voir l’impérialisme français évincé. Le fait que le Cameroun ait signé en avril dernier un accord de défense avec la Russie a de quoi l’inquiéter. Pendant longtemps, l’armée française a été une assurance vie pour les dictateurs africains qui en échange permettaient le pillage de leur pays. Désormais, les exemples du Mali et de la Centrafrique montrent que les milices russes de Wagner, ou d’autres, pourraient très bien jouer ce rôle.

Macron peut faire mine de s’inquiéter du sort de la population camerounaise qui subit la crise alimentaire, sa seule vraie préoccupation est de ne pas laisser l’impérialisme français se faire évincer de cette partie de l’Afrique.

Daniel MESCLA