Santé : un nouveau ministre pour la même politique

06 Juillet 2022

François Braun vient d’être nommé ministre de la Santé, en remplacement de Brigitte Bourguignon, battue aux législatives. Élisabeth Borne n’est pas allée le chercher bien loin.

Cet urgentiste, qui avait participé à la rédaction du programme Santé de Macron, a aussi été à la tête de la « mission flash » lancée début juin, censée permettre aux Urgences de passer l’été. Braun y avait présenté 41 mesures, toutes retenues immédiatement par Borne.

La situation dans les services d’urgences est en effet désastreuse. Faute de personnel, 120 services sur les 600 du pays sont déjà obligés de réduire leur activité, voire de fermer les week-ends ou la nuit, comme ceux des CHU de Bordeaux, Toulouse ou Grenoble. Alors que les urgentistes réclament des embauches, ne serait-ce que pour occuper les postes vacants, aucune n’est prévue dans les 41 propositions. Braun préconise de « réguler les admissions… soit en triant à l’entrée les malades, soit en exigeant d’appeler d’abord le 15 pour que celui-ci fasse le tri », à l’exception des urgences vitales. Il propose donc que tous les services d’urgences réduisent la voilure cet été et ose présenter cela comme un progrès, qui consisterait à « mutualiser les moyens de plusieurs services sur un seul site ».

Les réactions des urgentistes ont été immédiates, Christophe Prudhomme, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France et responsable CGT, a dénoncé « la fin du service public ouvert 24 heures sur 24… avec comme conséquence des morts évitables ». Tous dénoncent l’idée de passer par le 15, dont les services sont depuis longtemps notoirement surchargés, sans parler du Samu qui travaille déjà sur le fil du rasoir et où les problèmes de moyens humains et matériels sont aussi criants qu’ailleurs. Braun leur répond qu’il y aura « une mise à niveau des effectifs du 15 ».

Pour les salaires, Braun propose quelques mesurettes. Les médecins libéraux qui accepteraient de prendre en charge de nouveaux patients, évitant ainsi le recours aux Urgences, toucheraient 15 euros de plus par consultation sans qu’on sache qui financerait. Cela concernerait aussi les médecins retraités acceptant de reprendre du service. Mais cela ne permettra pas de régler le problème des déserts médicaux, qui explique justement que les malades viennent aux Urgences. Pour le personnel hospitalier, Braun propose aussi un petit coup de pouce financier, mais uniquement pour les trois mois qui viennent. Les services de nuit et ceux des ponts des 14 juillet et 15 août seront payés 50 % de plus et les primes de nuit doublées.

Ces mesures sont à peine des cautères sur une jambe de bois, d’abord parce qu’elles ne sont prises que pour trois mois, et ensuite parce qu’elles n’abordent aucun problème de front. Comme Macron avant eux pendant la crise du Covid, Braun et Borne expliquent qu’on ne manque pas de moyens mais qu’ils sont seulement mal utilisés. Mais comment oser dire cela, quand tous les professionnels de santé sont vent debout devant la situation des hôpitaux, considérant même que la nomination de Braun et ses 41 mesures sont une « véritable provocation » !

Alors, à la rentrée de septembre, l’hôpital public et les Urgences seront toujours au bord du gouffre, voire auront disjoncté puisqu’aucune embauche n’est prévue. Sauf finalement une, celle du docteur Braun, nouveau ministre de la Santé. Macron et Borne auront donc embauché au moins un urgentiste cet été, mais dont la mission sera de faire avaler les pénuries de personnel et de moyens à l’hôpital public.

Cédric DUVAL