Procès du 13-Novembre : l’impérialisme absent du banc des accusés

06 Juillet 2022

Le tribunal des attentats du 13 novembre 2015 a rendu son verdict mercredi 29 juin. Justice est passée, a-t-on entendu en boucle dans les médias.

C’est oublier qu’à aucun moment la politique menée depuis des décennies par l’État français au Moyen-Orient n’a été ne serait-ce qu’évoquée. C’est aussi passer sous silence que les magistrats ont avant tout rendu un verdict politique.

Le terrorisme qui a frappé Paris le 13 novembre 2015, tuant 131 personnes et en blessant quelque 400 autres, a surgi du chaudron qu’est le Moyen-Orient porté à ébullition par des décennies d’interventions occidentales. Les terroristes du 13 novembre, dont le seul survivant des commandos, Salah Abdeslam, ont grandi pour certains dans les banlieues de Bruxelles ou Paris. Si la mouvance terroriste les a recrutés et a pu les former à commettre un attentat-suicide, c’est en s’appuyant sur un sentiment de solidarité avec le sort des populations du Moyen-Orient, d’Afghanistan à l’Irak et la Syrie, sans compter l’impasse de la Palestine. Leur terrorisme aveugle et criminel faisait écho à la barbarie à laquelle les grandes puissances condamnent ces peuples.

Daech, l’organisateur des attentats de Paris depuis l’Irak et la Syrie, est né de la décomposition des États du Moyen-Orient dans laquelle l’impérialisme français a sa part de responsabilité, au même titre que les autres puissances alliées des États-Unis.

Il n’a pourtant jamais été question d’interroger durant le procès qui que ce soit sur la politique de l’État français au Moyen-Orient. Entendu à la demande des parties civiles le 10 novembre 2021, l’ex-président François Hollande, en exercice au moment des attentats, a répondu à des questions sur les défaillances des services de sécurité en France et il s’est embrouillé sur la chronologie des bombardements en Syrie, commencés en septembre 2015, un an après le début de l’intervention sous commandement américain contre Daech en Irak. Mais, dans le fond, l’absolution était dès le départ garantie à l’État français et à l’impérialisme.

Le procès est devenu alors une vitrine, mise en scène d’une justice équilibrée, dans un pays qui se veut l’exemple de la démocratie confrontée à la barbarie terroriste. C’est pourtant un verdict politique que les magistrats ont infligé à Abdeslam en le condamnant à la perpétuité incompressible, c’est-à-dire à la prison sans aucune perspective de sortir, pour avoir été complice de tentatives de meurtres sur les policiers intervenus au Bataclan, alors que lui-même n’y était pas présent.

En fait, les magistrats, en suivant les réquisitions des pouvoirs publics, ont tranché pour condamner Abdeslam aux oubliettes de la République pas tant au nom des victimes des attentats que pour faire une démonstration de ce qu’il en coûte de s’attaquer à l’État français.

Ce procès aidera, entend-on, à tourner la page des massacres du 13 novembre, ici en France. Mais pour les populations des pays où se sont manigancés les attentats, aucune page ne se tourne. Le Moyen-Orient reste une région où l’impérialisme français, avec d’autres, continue d’entretenir le foyer au risque que de nouvelles braises prennent des vies dans les villes occidentales.

Boris SAVIN