Équateur : mobilisation populaire contre la vie chère

29 Juin 2022

Depuis le 13 juin, Quito, la capitale de l’Équateur, et plusieurs villes de province sont quasiment paralysées par des milliers de manifestants qui dénoncent la vie chère et affrontent les forces de police.

Cette protestation a été lancée par la principale force d’opposition du pays, la Confédération des nations indigènes (CONAIE). Dans le passé, elle a participé aux soulèvements qui ont renversé trois présidents entre 1997 et 2005 et organisé en 2019 des manifestations violemment réprimées contre le président d’alors Lenin Moreno.

Cette confédération a appelé à la grève nationale autour de dix revendications, et d’abord la baisse des prix des carburants et combustibles, qui ont considérablement augmenté. Le prix du gallon a doublé, provoquant une inflation généralisée. La seconde revendication est le contrôle des prix des aliments puisque même la banane, dont l’Équateur est l’un des principaux producteurs, devient inaccessible. Viennent ensuite des remises de dette pour les plus pauvres, l’augmentation des budgets santé et éducation, la non-privatisation des services publics, des prix équitables pour les agriculteurs pauvres et la révision de projets de concessions minières et pétrolières sur les territoires indigènes.

Cette mobilisation contre la cherté de la vie prend la forme de barrages sur les principales routes du pays, bloquant les accès aux villes et une grande partie de l’activité économique. Des milliers de manifestants ont aussi quitté leurs villages, hissés sur des camions, pour investir la capitale.

Guillermo Lasso, le président actuel, conservateur et ex-banquier, a d’abord pensé venir à bout du mouvement par la force. Il a traité les manifestants de terroristes et décrété l’état d’urgence dans le pays et le couvre-feu dans les six régions les plus touchées par la mobilisation, chargeant l’armée de le faire respecter et provoquant ainsi la mort de plusieurs manifestants. Il a fait arrêter le leader de CONAIE, Leonidas Iza, et fait occuper le Centre culturel indigène de Quito que les manifestants entendaient utiliser pour organiser une assemblée populaire.

Le mouvement n’en a pas moins continué. Les manifestants ont tenté d’investir le Parlement et le ministère de la Justice, ce qui n’a pas été sans heurts. Les villes d’Otovalo, dans le Nord, de Puyo, dans l’Est, vers l’Amazonie, ont été totalement coupées du reste du pays. À Santiago et à Guayaquil, la capitale économique, les organisations étudiantes et syndicales ont manifesté en soutien des revendications du mouvement. Le gouvernement a dû reculer sur certains points. Les manifestants peuvent désormais utiliser le Centre culturel de Quito. Leonidas Iza a été libéré et l’état d’urgence annulé.

Le président doit aussi faire face à une demande de destitution de l’opposition parlementaire, proche de l’ex-président de gauche Rafael Correa. Élu il y a un an, Lasso est déjà très impopulaire car sa corruption a été rendue publique par les Pandora Papers : il a utilisé pas moins de quatorze sociétés offshore pour échapper au fisc. Et cela alors que l’économie est en crise profonde. 40 % de la population vit dans une pauvreté quasi absolue, qui s’est accentuée dans la période du Covid. Les hôpitaux ferment des services faute de médicaments et suppriment du personnel pour faire des économies. Et toute une partie de la population n’a pas accès à l’éducation.

Dimanche 26 juin, Lasso, tentant de faire bonne figure, a pris la parole à la télévision pour donner l’impression d’entamer le dialogue, tout en maintenant les forces de répression sur le terrain. Il a annoncé une petite baisse du prix des carburants de 10 centimes. Pour les manifestants, c’est la preuve que la mobilisation peut payer et qu’il faut donc la poursuivre.

Antoine FERRER