Apprentissage : du travail de pro… patronat

29 Juin 2022

Les ministres et le président lui-même vont répétant que leur action a fait baisser le chômage, en particulier en développant l’apprentissage. La Cour des comptes, organisme officiel s’il en est, a publié le 15 juin un rapport éloquent à ce propos.

En réformant les conditions de l’apprentissage, son financement et son organisation, la loi de septembre 2019 a effectivement fait exploser le nombre d’apprentis, passé de 300 000 à 800 000 en quelques années. Mais il y a fallu un doublement des aides de l’État, jusqu’à plus de 11 milliards d’euros l’an passé. Le gouvernement a même prolongé en mai l’aide spécifique versée aux entreprises embauchant des apprentis par temps de Covid.

Sur les 800 000 apprentis recensés aujourd’hui, 150 000 seulement sont des adolescents qui passent leur CAP en travaillant chez un patron où ils apprennent leur métier. Près de 100 000 en revanche sont des adultes, détenteurs d’un diplôme de niveau bac plus 5, le plus souvent dans le tertiaire, et qui travaillent pour améliorer encore leur qualification. Le nombre d’apprentis de niveau CAP stagne et celui des diplômés et très diplômés augmente. Tous sont soumis à la grille de salaire des apprentis, laquelle, sauf exception locale, n’excède pas le smic, pour les plus vieux et au bout de deux ans, étant bien entendu que l’employeur est dispensé de toute cotisation sociale.

La loi macronienne sur l’apprentissage n’a pas permis à beaucoup plus de jeunes de milieu populaire d’apprendre la boulangerie ou la mécanique auto auprès d’un artisan compétent et paternel, comme le veut l’image d’Épinal et, parfois, la réalité. Il est toujours aussi difficile pour des jeunes des milieux les plus populaires, sans relations ou déscolarisés, de trouver des maîtres d’apprentissage. Les déclarations et la propagande gouvernementales n’y ont rien changé. Cette loi a en revanche fourni aux grandes entreprises des travailleurs diplômés, compétents, acceptant d’être sous-payés en attendant une hypothétique embauche.

Cette disposition pompeusement qualifiée de loi sur le droit de choisir son avenir professionnel aura donc surtout servi à faire baisser, aux frais de la collectivité, les salaires d’embauche des jeunes les plus qualifiés. Elle a donc contribué, comme tant d’autres mesures, à réduire la part de la richesse produite qui revient aux travailleurs. Quant à la résorption statistique du chômage, c’est une autre histoire et on pourrait plus justement la qualifier de hausse de la précarité.

En matière de services rendus au patronat, Macron et son équipe ne sont pas des apprentis.

Paul GALOIS