Résultats du RN : le danger pour les travailleurs

22 Juin 2022

Avec 89 députés élus le 19 juin, contre huit à l’issue des législatives de 2017, le RN dépasse même son résultat de 1986, quand 35 élus du Front national étaient entrés à l’Assemblée grâce à un scrutin organisé à la proportionnelle.

Aux législatives de 2017, le parti de Marine le Pen avait recueilli au second tour 1 590 869 voix, soit 8,75 % des suffrages exprimés. Cinq ans plus tard, au second tour des législatives du 19 juin 2022, il totalise 3 589 465 voix, avec 17,30 % des suffrages exprimés, soit près de 2 millions de voix supplémentaires. Son poids électoral est ainsi confirmé, avec en outre la possibilité de constituer un groupe à l’Assemblée.

Marine le Pen peut se vanter d’être en passe d’atteindre son objectif : ouvrir la possibilité pour le RN de devenir, dans cinq ans ou même avant, un parti de gouvernement, débarrassé de l’odeur de soufre qui l’entourait du temps de son père. Comme elle l’a déclaré au soir du second tour, son parti aspire à « prendre la responsabilité du pays quand l’aventure Macron aura pris fin ». Il se veut une « opposition ferme, sans connivence, mais aussi responsable, respectueuse des institutions et toujours constructive », autrement dit volontaire pour gérer au mieux les affaires de la bourgeoisie.

Une partie de l’électorat de droite, en particulier venue du parti Les Républicains, a fait le choix, à nouveau, comme lors de la présidentielle, de voter RN. Mais cette élection confirme aussi la progression du vote RN dans les couches populaires. Dans nombre de circonscriptions ouvrières où les partis de gauche, et en particulier le Parti communiste français, étaient influents, il est en augmentation constante par rapport à 2017 et 2012. Ainsi dans ce qui était un bastion ouvrier, la 20e circonscription du Nord, que le candidat du PCF, Roussel, vient de remporter sous l’étiquette Nupes, les scores de l’extrême droite n’ont cessé de grossir, passant de 10 538 voix au second tour de 2017, à 13 725 voix à celui de 2022, alors même que le nombre d’électeurs de Roussel a baissé. Dans la 6e circonscription de l’Oise, circonscription ouvrière comptant des municipalités à majorité PCF, c’était un candidat de celui-ci qui avait été élu en 2012. Le FN totalisait alors 8 731 voix ; il en a récolté 12 548 en 2017 et le RN 17 135 le 19 juin dernier.

Cela ne fait que confirmer combien le recul de la conscience de classe, conséquence de la démoralisation et des désillusions électorales dans la classe ouvrière, est aujourd’hui important. Certains ont choisi d’exprimer de la pire manière leur opposition à Macron, avec l’illusion que le RN se préoccuperait vraiment du peuple et de ses difficultés. Mais, en même temps, cela renforce ceux qui adhèrent aux idées réactionnaires que véhicule le RN, des idées racistes, xénophobes, au fond anti­ouvrières. Certains peuvent chercher, à un moment ou à un autre, à les mettre en application en s’attaquant aux militants ouvriers, et plus largement à tous ceux qui, dans la classe ouvrière, contestent la dictature des capitalistes. Derrière un progrès électoral et une implantation qui se confirment, c’est là le plus grave danger que recèle ce résultat du RN.

Aline RETESSE