Buitoni : secret industriel et mensonges patronaux

22 Juin 2022

La direction de Nestlé France a menti grossièrement en affirmant le 31 mars qu’il n’y avait jamais eu de problèmes d’hygiène dans son usine Buitoni de Caudry.

Elle cherche à s’exonérer de toute responsabilité dans la mort de deux enfants et l’hospitalisation de dizaines de personnes à cause de pizzas Buitoni.

Le média Disclose vient de publier les rapports d’inspections effectuées entre 2012 et 2021 par les services sanitaires de l’État, la DDPP (direction départementale de la protection des populations). Ils sont accablants : « mites alimentaires », « traces de moisissures sur les grilles de hottes », « plafonds et gaines d’aération malpropres », « portes de congélateurs couvertes de couches de glace » faisant craindre des défauts d’étanchéité, etc. En 2020, la direction a même écopé d’un avertissement de la part de la DDPP.

Si le rapport de mars 2021 faisait état d’une petite amélioration, c’est seulement parce que, contrairement aux visites précédentes, la DDPP avait prévenu la direction de l’usine de sa venue… D’ailleurs, quand en mars 2022, en plein scandale sanitaire, elle a fait une visite surprise dans l’usine, elle y a à nouveau dénoncé « un état d’hygiène… déplorable ».

Ces rapports de la DDPP n’ont aucunement empêché les dirigeants de l’usine et du groupe Nestlé de continuer leur politique criminelle d’économies pour dégager toujours plus de profits. Ils ont continué à supprimer des postes, à accélérer les cadences et même à diminuer le temps de nettoyage en 2015, comme le raconte une syndicaliste de la CGT : « On avait par le passé autour de 16 heures de fabrication dans la journée et une équipe de nettoyage pendant huit heures la nuit. On est passé à cinq heures de nettoyage après 27 heures de fabrication et ce sont des salariés qui sont peu ou pas formés, voire des intérimaires, qui ont alors fait ce nettoyage. »

Les dirigeants de Nestlé savaient de toute façon qu’ils ne risquaient pas grand-chose de la part de l’État, au pire une amende de 450 euros ! L’État n’a d’ailleurs pas dénoncé les mensonges de Nestlé suite aux décès, alors qu’il avait à portée de main tous les rapports d’inspection de la DDPP. Pour que la vérité émerge, il a fallu que des journalistes réussissent à se procurer ces rapports, qui ne sont pas publics. Pire encore, l’État ne cesse de supprimer des postes dans le contrôle sanitaire des entreprises : en dix ans, le nombre de visites a ainsi diminué d’un tiers.

Contre ces scandales alimentaires, on ne peut donc pas compter sur l’État, mais seulement sur le contrôle des travailleurs, sur le fait qu’ils fabriquent tout et qu’ils sont tous les jours dans l’usine, pas seulement le temps d’une inspection. C’est pourquoi la première des mesures à imposer serait la levée du secret des affaires, qui permettrait aux travailleurs de l’agroalimentaire de dénoncer ce qu’ils voient sans risque d’être licenciés.

Arnaud LOUVET