Prisons : un énième rapport accablant

15 Juin 2022

Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté nommée en octobre 2020, a dénoncé la surpopulation carcérale et les conditions de détention, dans un rapport présenté le 2 juin.

Selon les derniers chiffres officiels, le nombre de détenus atteignait 71 053, alors que l’ensemble du système carcéral est limité à 60 683. Le taux d’occupation des prisons françaises atteignait 117 %, grimpant même à 138,9 % dans les maisons d’arrêt où sont incarcérés les détenus en attente de jugement et ceux condamnés à de courtes peines. La maison d’arrêt de Toulouse-Seysses, occupée à 187 %, où 1 600 détenus dorment sur des matelas, est un exemple parmi les plus accablants. Le rapport évoque dans certaines prisons des douches communes insalubres, envahies par les champignons, ou bien l’eau qui n’arrive pas ou très difficilement aux étages supérieurs, les rats qui infectent les locaux, etc. « Avec des cafards qui te grimpent sur le corps pendant que tu regardes la télé, pendant que tu dors, à l’intérieur des frigos », a témoigné un détenu à Dominique Simonnot.

Le personnel pénitencier est enfermé, comme les détenus, dans cet univers inhumain, condamné entre autres à la pénurie de personnel. Ainsi, la prison de Toulouse-Seysses comptait à son ouverture en 2003 un surveillant pour 50 détenus, et un surveillant pour 150 en 2021.

Au printemps 2020, en raison de l’épidémie de Covid-19, le gouvernement avait fait libérer de façon anticipée des prisonniers en fin de peine. Le nombre de détenus était descendu à 59 000 en juillet 2020. Ces mesures n’ont pas été prolongées et la population carcérale explose à nouveau. Dans ces conditions, la prison ne peut que constituer une très bonne école du crime. « Quel retour à la vie normale peut-on attendre de personnes qui, en prison, ont été entassées à trois dans 4,40 m² d’espace vital, durant des mois, et souvent 22 heures sur 24, au milieu de rats, cafards et punaises de lit ? », s’indigne Dominique Simonnot. Mais assurer une dignité au détenu n’est évidemment pas une priorité ou une urgence pour l’État, encore moins, si l’on peut dire, que pour les hôpitaux ou l’enseignement public. Aussi, ce nouveau rapport de la contrôleuse des lieux de privation de liberté, comme les multiples condamnations de la situation des prisons françaises par la Cour européenne des droits de l’homme dans les dernières années, risque fort de prendre la direction des oubliettes.

Boris SAVIN