Logement insalubre : des expulsions sans solution

15 Juin 2022

Trois petits immeubles de la rue Henri-Barbusse à Aubervilliers sont frappés d’un arrêté de péril, car les soubassements sont rongés par l’humidité, selon une expertise judiciaire. Les soixante occupants doivent quitter leur logement au plus vite. Mais le relogement est problématique.

Ceux qui sont propriétaires n’y ont pas droit, et pourtant, s’ils ont fait quelques travaux dans leur appartement, ils continueront à payer leur crédit. Les locataires ont souvent trouvé une solution provisoire par eux-mêmes, d’autres vont être relogés, mais parfois dans un quartier ou une banlieue plus éloignés, ou même à l’hôtel. La mairie ne prend pas en charge les occupants sans titre, or tous devraient être présumés de bonne foi et la municipalité devrait leur proposer un hébergement, puis se retourner contre les bailleurs pour leur faire payer les frais. Encore faudrait-il que ces bailleurs soient joignables.

À Aubervilliers, plusieurs sinistres se sont produits ces dernières années. parmi les plus graves, en août 2018, un incendie dans une épicerie tenue par une famille d’origine indienne a causé la mort de la grand-mère et fait plusieurs blessés : ils étaient logés dans un local qui n’était pas destiné à l’habitation.

Dans ces quartiers pauvres pullulent les habitats indignes. Des marchands de sommeil y extorquent des sommes souvent exorbitantes à des personnes vulnérables, sans papiers, pour des locaux où l’électricité n’est pas aux normes, avec des peintures au plomb toxiques, des plafonds et des murs détrempés par l’humidité.

Les municipalités sont face à un problème qu’elles n’ont pas les moyens de résoudre, et que pour certaines elles ne cherchent pas à résoudre. Par peur d’une catastrophe comme celle de la rue d’Aubagne à Marseille, elles se contentent d’évacuer les habitants. En même temps, la démolition plus ou moins lointaine laisse le champ libre aux promoteurs pour de nouvelles constructions, dont une partie en logement social certes, mais pas seulement. Les villes voient ainsi arriver une population plus aisée, capable d’acheter des appartements dont le prix moyen au mètre carré dépasse les 5 000 euros, comme à Aubervilliers.

Dans une société où l’argent fait la loi et où la propriété des affairistes légaux et illégaux, voire blanchisseurs d’argent sale, est considérée comme intouchable, le problème du logement est bien souvent rendu insoluble.

Sylvie MARÉCHAL