Budgets militaires : la machine infernale

08 Juin 2022

Lundi 31 mai, le gouvernement espagnol a annoncé le doublement de son budget militaire, et la ministre de la Défense belge a promis la même chose pour les années à venir.

Le même jour, le Parlement allemand a autorisé le gouvernement à lever un emprunt pour porter le budget des armées de 50 à 100 milliards d’euros.

C’est la poursuite d’une hausse généralisée des dépenses d’armement qui a les portées en 2021 au-dessus des 2 000 milliards de dollars, tous pays confondus. Les États-Unis, chef de file de l’impérialisme et gendarme du monde, sont en tête avec 801 milliards, suivis de très loin par la Chine avec 293 milliards et la Russie, plus loin encore, cinquième avec 66 milliards.

Alors que les arsenaux produisent à jet continu frégates et sous-marins, les services diplomatiques nouent de nouvelles alliances et rédigent des rapports alarmistes. Le site du gouvernement français promet, dans un texte de mai 2022, le retour de guerres de « haute intensité », c’est-à-dire opposant deux pays ou deux groupes de forces égales et pouvant donc conduire à une explosion mondiale. Le ministère des Affaires étrangères décrit, ce même mois, le réarmement des pays bordant la Méditerranée et liste les très nombreux points de friction susceptibles de conduire à de nouveaux conflits. La même chose, mais sur une bien plus vaste échelle, se déroule dans le Pacifique, et plus particulièrement en mer de Chine. Le Japon a doublé son budget militaire, la Chine fabrique un porte-avions et prend pied sur des îlots qu’elle fortifie, la flotte américaine, d’une puissance écrasante, croise en permanence dans les parages, parfois accompagnée de navires français ou britanniques. Le président américain Biden a enfoncé le clou, le 22 mai, en déclarant que les États-Unis interviendraient en cas d’opération chinoise sur Taïwan. La Chine lui a répondu le 30 mai en envoyant quelques chasseurs au-dessus de l’île.

Cette explosion des budgets militaires et des tensions est pain bénit pour les marchands de canons. Le ministère français de la Défense se targue ainsi de fournir 39 milliards d’euros de commandes à l’industrie pour 2022. Il annonce également le recrutement de 400 personnes pour son service d’aide à l’exportation. Dans chaque pays impérialiste, l’armée est ainsi à la fois le premier client de l’industrie militaire, son principal financier et son meilleur représentant de commerce.

Mais la guerre ne se lit pas seulement dans la hausse des cours boursiers de Thales, Dassault et de leurs concurrents américains ou britanniques. Elle est la vie quotidienne d’une partie de l’humanité, de l’Afghanistan au Yémen, de l’Irak au Soudan et, désormais, en Ukraine. Le conflit dans ce dernier pays est déjà, au prix de la destruction systématique de régions entières, un affrontement entre les États-Unis et la Russie. Cette guerre amplifie le chaos de l’économie mondiale et l’incertitude des possédants et pousse les États à augmenter encore leurs dépenses militaires. C’est à la fois la certitude de profits immédiats et une assurance-vie pour les classes bourgeoises, en cas de concurrence exacerbée débouchant sur la guerre ou, pire encore, en cas de troubles populaires. Le canon reste le dernier argument des rois, même sans couronne.

Paul GALOIS