UE-Russie : embargo moderato

01 Juin 2022

Après de longues discussions, les dirigeants de l’UE ont annoncé le 30 mai une nouvelle série de sanctions contre la Russie. Celle-ci, la sixième en trois mois, vise une partie du pétrole russe mais épargne le gaz.

Outre le placement sur liste noire de nouveaux oligarques et l’exclusion du système de paiement international d’une dixième banque russe, les dirigeants de l’UE ont annoncé qu’ils n’importeront plus de pétrole de Russie par bateau. En revanche, l’oléoduc qui approvisionne la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie restera ouvert.

Depuis le 24 février, les dirigeants européens affirment leur solidarité avec l’Ukraine, posent aux côtés de Zelensky, ont confisqué les yachts et luxueuses propriétés de quelques oligarques russes. Pour autant, ils avancent à reculons pour décider, et plus encore pour rendre effectives, les sanctions économiques contre la Russie. La raison est évidente : les dirigeants européens agitent de grands principes démocratiques mais défendent avant tout les intérêts sonnants et trébuchants de leurs capitalistes. Ces derniers, implantés en Russie depuis une vingtaine d’années, y faisaient de bonnes affaires et achetaient des matières premières bon marché. Depuis trois mois, bien plus que leurs homologues américains, ils subissent eux-mêmes les conséquences des sanctions infligées à la Russie. C’est à contrecœur que la Société Générale, Renault ou Decathlon se sont retirés du marché russe.

Pour le pétrole et le gaz, les enjeux sont encore plus grands. Les gazoducs, dont plusieurs traversent l’Ukraine, continuent d’alimenter à plein régime l’Europe en gaz russe. Et pour cause : comme le formulait en avril le patron du groupe chimique allemand BASF, « si l’approvisionnement en gaz russe était réduit à zéro, cela pourrait plonger l’économie allemande dans sa plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale. » L’Allemagne, première puissance industrielle d’Europe, importe plus de la moitié de son gaz de Russie et ne peut pas s’en passer sans modifier sa structure industrielle et engager de lourds investissements.

Concernant le pétrole, en limitant l’embargo aux seules voies maritimes, les chefs de l’UE ont inventé une astuce pour éviter de couper l’approvisionnement pétrolier des pays d’Europe centrale enclavés. Ils ont accordé une dérogation à la Bulgarie qui continuera à être livrée par la mer et une autre à la Grèce, à Chypre et à Malte, dont les tankers continueront à livrer du pétrole russe hors de l’UE « pour ne pas laisser le marché à la Grande-Bretagne et au Japon ». Car la guerre en Ukraine intensifie la guerre économique entre les capitalistes du monde entier.

Les dirigeants européens n’ont pas agi pour « éviter le conflit avec le Hongrois Orban », comme l’écrivent les journalistes, ni parce que les sanctions frappent durement la population russe, mais pour défendre les intérêts de leurs trusts face à leurs rivaux, en premier lieu américains. Lourdes ou légères, ces sanctions seront utilisées par le patronat et les politiciens pour imposer de nouveaux sacrifices aux travailleurs et pour justifier l’envolée des prix de l’énergie. Avec la guerre comme avec la paix, les intérêts des capitalistes et ceux des travailleurs sont opposés.

Xavier LACHAU