"Pas un euro pour les marchands de canons !"

01 Juin 2022

Qu’on le veuille ou non, la France a les deux pieds dans la guerre. Et elle ne s’y est pas engagée pour défendre l’indépendance et la liberté de l’Ukraine. Macron se moque autant de la population ukrainienne que de la population malienne que l’armée française était censée sauver et dont elle s’est fait détester. Ce qui l’a forcée à se retirer du Mali.

En Ukraine, la France joue les seconds couteaux dans ce qui est une guerre impérialiste. Car, si c’est Poutine qui a déclenché la phase actuelle des hostilités, les États-Unis mènent cette guerre pour étendre leur influence à l’est de l’Europe.Alors, il n’y a aucune raison de faire confiance à Macron et de le soutenir dans cette guerre. Cette guerre n’est pas notre guerre !

À l’heure où les bruits de bottes se font entendre de plus en plus intensément, il faut garder en tête ce qu’avait écrit Anatole France au lendemain de la première guerre mondiale : « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les profits des industriels. »

Pour ne pas se faire saigner aujourd’hui, et pour ne pas mourir demain pour les profits des industriels, il faut la transparence sur l’industrie militaire, la confiscation des bénéfices de guerre et l’expropriation de tous les capitalistes qui cherchent d ’une façon ou d’une autre à profiter de la guerre.

Pas un euro pour les marchands de canons, pas un travailleur pour faire l’union sacrée derrière l’impérialisme !

Face à la crise et aux coups redoublés du grand patronat, la perspective purement électorale de l’union de la gauche incarnée aujourd’hui par la Nupes est dérisoire. Et ce ne sont pas les tripatouillages et accords d’appareils orchestrés par Mélenchon qui peuvent donner une boussole politique aux travailleurs.

Mélenchon a toujours expliqué que la 5e République était à jeter parce que le président de République était un monarque concentrant tous les pouvoirs, pendant que le Parlement n’en avait aucun. Et il nous dit maintenant que les législatives peuvent être décisives, qu’elles peuvent le faire premier ministre et que cela peut tout changer. Il demandait la sortie de l’Otan, mais aujourd’hui il est prêt, en tant que premier ministre de Macron, à y rester… et à mener les guerres que Macron a décidées et décidera pour les intérêts de la bourgeoisie française.

Hier encore, que disait Mélenchon de ses anciens petits camarades du Parti socialiste ? Qu’avec la loi El Khomri, les privatisations et les gâteries offertes aux capitalistes, ils étaient passés dans l’autre camp, que le PS était bon pour le musée des Antiquités. Eh bien les voilà, bras dessus, bras dessous, pour changer l’histoire, nous disent-ils !

Faute de luttes collectives et de confiance dans leurs propres forces, bien des travailleurs et des syndicalistes s’accrochent à ces illusions électorales et, donc, à l’union de la gauche. Et ils ferment les yeux sur ces revirements opportunistes en estimant que, de toute façon, « ça ne peut pas être pire ». Eh bien si, cela peut empirer parce que la crise s’aggrave ! La réalité, c’est qu’il n’y aura pas de moins pire dans cette période de crise si nous ne forçons pas la grande bourgeoisie à reculer.

Pour déployer un grand plan d’urgence pour l’hôpital public, il faut faire payer la bourgeoisie. Pour assurer ne serait-ce que le nombre de remplaçants nécessaires dans l’éducation nationale, il faut faire payer la bourgeoisie. Pour garantir des retraites dignes de ce nom aux anciens, il faut la faire payer.

Il n’y a pas 36 solutions, c’est eux ou nous ! Ce sont les actionnaires de Sanofi ou les auxiliaires de vie et les aides-soignantes ; Bernard Arnault ou les ouvrières de la maroquinerie ; les propriétaires d’Accor et les clients des hôtels de luxe ou les femmes de chambre ; les actionnaires d’Orpea et de Korian, ou bien les résidents et le personnel des Ehpad !

Il ne peut pas y avoir de progrès pour le monde du travail et pour la société en général sans affrontement avec la grande bourgeoisie. C’est à cela qu’il faut préparer le monde du travail.

[…]

La perspective purement électoraliste, l’illusion qu’il suffisait d’élire le bon président pour les travailleurs ou de trouver le bon premier ministre a complètement déboussolé le monde du travail. Les partis de gauche en portent l’entière responsabilité car ce sont eux qui ont fait croire que la lutte électorale pouvait remplacer la lutte de classe, qui ont demandé aux travailleurs de déléguer leur combat et de mettre leur confiance dans la gauche gouvernementale.

Depuis Mitterrand, nous faisons l’expérience que, gouvernement de gauche ou de droite, rien de fondamental ne change jamais pour nous : les licenciements, les bas salaires, les petits boulots, l’exploitation, rien ne change. Alors il n’y a pas à s’étonner que des millions de femmes et d’hommes ne voient plus de différence entre les politiciens de gauche et de droite. Ce sentiment d’abandon se traduit aujourd’hui dans l’abstention massive des classes populaires et dans le vote pour Le Pen.

[…]

Qu’ils le veuillent ou pas, ceux qui ont voté Le Pen ont renforcé les individus et les groupuscules d’extrême droite, antiouvriers et racistes. Les 2,7 millions de voix supplémentaires pour Le Pen au second tour, l’arrivée de Zemmour dans l’arène politique sont la preuve, pour eux, que leurs idées avancent et cela en poussera peut-être certains à passer à l’action. Regardez comment ils ciblent aujourd’hui Pap NDiaye, le nouveau ministre de l’Éducation, coupable à leurs yeux d’être noir et étiqueté à gauche.

La menace ne vient pas seulement de ces excités mais de l’appareil d’État lui-même, en l’occurrence de la police et de l’armée qui votent massivement à l’extrême droite. Il faut se rappeler la pétition parue il y a un an, signée par des généraux en retraite, qui menaçait d’une intervention de l’armée face à ce qu’ils appelaient « le délitement qui frappe la patrie ».

[…]

À bien des égards, la période actuelle rappelle les années 1930, l’économie mondiale en faillite, la montée du fascisme et la marche à la guerre. Mélenchon et la nouvelle union de la gauche prétendent d’ailleurs lutter contre la montée de l’extrême droite en reproduisant ce qu’a fait le Front populaire en 1936. Eh bien, ils réécrivent l’histoire.

[…]

Le gouvernement du Front populaire fut utile, oui, pour sauver la mise à la bourgeoisie, les « 200 familles » comme on disait à l’époque. Pour canaliser la grève et pour que les ouvriers ne contestent pas la propriété privée des usines, qui étaient occupées et qui auraient très bien pu être relancées pour le compte des seuls travailleurs.

[…]

Avec la victoire de Franco en Espagne, la neutralisation des travailleurs en France, les régimes fascistes se trouvèrent renforcés et, trois ans après la grande victoire des congés payés, c’était la guerre. L’humanité a payé par une guerre mondiale les révolutions manquées de ces années-là.

Voilà la véritable histoire du Front populaire. Elle nous sert de modèle à nous aussi, mais de modèle de ce qu’il faut combattre. Il faut s’opposer politiquement à tous ceux qui se prétendent du côté des travailleurs mais qui ne sont pas déterminés à combattre la bourgeoisie et à renverser son pouvoir. Il faut vouloir renverser le capitalisme ! Et tous les politiciens de gauche qui affirment encore pouvoir le réformer, l’amender et l’encadrer ne sont pas dans le camp des travailleurs.