Mort d’une migrante : les gendarmes en accusation

01 Juin 2022

Quatre ans après la mort par noyade dans les Alpes d’une jeune Nigériane de 21 ans, la ténacité de la sœur de la victime et de l’association Tous migrants a abouti à ce que l’enquête soit rouverte, alors que celle-ci avait par deux fois été classée sans suite.

Le 7 mai 2018, alors que Blessing Matthew marchait avec deux compagnons en direction de Briançon, des gendarmes mobiles ont surgi des buissons dans lesquels ils étaient cachés et les ont poursuivis. C’est en tentant de leur échapper que Blessing s’est noyée dans la Durance, où son corps a été retrouvé deux jours plus tard. L’enquête avait été vite bouclée, la section de recherches de Marseille ayant conclu à « l’absence d’une infraction susceptible d’être retenue à l’encontre des gendarmes », et le parquet avait considéré que « les circonstances précises dans lesquelles cette jeune femme avait chuté dans la Durance demeurent inconnues en l’absence d’un témoin direct ».

En faisant des recherches, l’association Tous migrants a relevé des contradictions et des zones d’ombre dans la déposition des gendarmes. Elle a chargé Border Forensic, une association qui enquête sur les violences policières aux frontières, de mener une contre-enquête, qui a permis de retrouver un témoin. Celui-ci a révélé que les gendarmes ont effectivement mis Blessing en danger par leur poursuite, causant sa chute dans le Durance, suivie de sa mort.

Cette nouvelle enquête aboutira-t-elle sur un procès et, si c’est le cas, dans combien de temps ? Dans le pays qui se vante d’être celui des droits de l’homme, la mort d’un migrant a peu de poids face aux institutions en place, police et justice. Depuis la mort de Blessing Matthew, dans cette même zone, six autres migrants ont trouvé la mort et un autre a disparu.

Marianne LAMIRAL