Le 29 mai : “L’avenir, c’est l’internationalisme !”

01 Juin 2022

Le monde entier va vers plus de militarisme, plus d’autoritarisme, plus de nationalisme, plus d’idées réactionnaires. Ce n’est pas une nouveauté en Russie, où Poutine entretient depuis longtemps un nationalisme grand russe avec l’onction du patriarche orthodoxe Kirill, le goupillon n’étant jamais bien loin du sabre. Mais, en Ukraine, c’est cette guerre qui a donné une véritable base au sentiment national.

Avant l’invasion russe, nombre de familles vivant en Ukraine, souvent russophones, se refusaient de se définir comme exclusivement ukrainiennes ou russes. Eh bien, la brutalité de l’armée russe, les souffrances et les cruautés qu’elle a infligées aux Ukrainiens ont tranché : Poutine a été le meilleur agent du nationalisme ukrainien.

Qui sort renforcé de ces affrontements ? Ce sont les officiers de l’armée ukrainienne, les chefs des milices, souvent d’extrême droite. Le bataillon Azov, tristement connu pour ses références aux nazis, pour son racisme et son antisémitisme, a été promu héros de la défense de Marioupol ! Alors que Poutine prétendait sauver les Ukrainiens du nazisme, c’est lui qui aura finalement accru le poids politique des dirigeants et des forces les plus réactionnaires.

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L’Inde, ce sous-continent, est une poudrière qui peut exploser à tout moment. Modi se maintient au pouvoir en jouant de la pire démagogie nationaliste, opposant les Hindous aux autres et en particulier aux Musulmans, multipliant les provocations contre eux. Et sur le continent africain, combien y-a-t-il de démagogues prêts à faire ressurgir d’anciens conflits, prêts à s’appuyer sur les préjugés et à alimenter les replis ethniques ou religieux que la misère et la faim ravivent ?

Le retour de la burqa en Afghanistan est un des signes les plus barbares du recul de notre société, mais que dire de l’omniprésence des bondieuseries et du retour en force des opposants à l’avortement aux États-Unis, première puissance mondiale ? Trump a été remplacé par Biden mais l’extrême droite identitaire n’a pas disparu. Les meurtres récurrents de Noirs par des suprématistes blancs, comme la dernière tuerie raciste à Buffalo, le rappellent tragiquement.

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Plus l’humanité fusionne en un seul et même ensemble, plus la pression des groupes identitaires, nationalistes, religieux, communautaristes s’intensifie. Plus nous travaillons et vivons ensemble, entremêlés et interdépendants les uns des autres, plus sont actifs ceux qui œuvrent à nous séparer et à nous opposer les uns aux autres en fonction de notre sexe, de nos idées, de nos origines ou de notre couleur de peau. Cette évolution est aberrante et profondément réactionnaire.

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Apple, Amazon, Total et toutes les grandes entreprises nous relient par une même chaîne de production et de consommation : les mineurs du Congo, les ouvriers de Chine et du Vietnam, les marins pakistanais ou philippins, les magasiniers et les livreurs d’ici. Aujourd’hui, la vie de milliards de femmes et d’hommes est à cheval sur deux, trois pays différents quand ce n’est pas plus.

À Paris, cela fait bien longtemps que les femmes de ménage ne viennent plus du fin fond de la Bretagne mais de l’Algérie, du Mali, du Cap-Vert, d’Haïti ou du Bangladesh. Cela fait longtemps que les maçons de la Creuse ont laissé la place aux ouvriers portugais, turcs, polonais, ivoiriens et maintenant égyptiens ou afghans.

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Oui, à l’échelle de la planète, nous vivons de plus en plus au même rythme, nous nous révoltons aux mêmes infamies, nous vibrons aux mêmes progrès scientifiques ou techniques. Et c’est dans ce moment-là de l’histoire de l’humanité que certains dressent les peuples les uns contre les autres ? Qu’ils construisent des murs, érigent des grilles et des barbelés et veulent nous mettre en condition pour partir en guerre ?

S’opposer aux frontières, […] le monde du travail en a la capacité, à condition de renouer avec la conscience de ses intérêts de classe. Avec la conscience, comme disait Marx, que sous le capitalisme, les travailleurs n’ont pas de patrie. Les travailleurs n’ont pas de patrie car aucun pays ne leur assure le pain et le toit, pas même celui où ils sont nés. C’est la réalité vécue par des centaines de millions de femmes et d’hommes condamnés à l’exil. C’est la réalité des femmes et des hommes condamnés à vivre dans des camps infâmes. C’est ce que vivent des millions de migrants ballottés d’un pays à l’autre pendant des années.

Le propre d’un exploité est d’être voué à se déplacer, à changer de région, de pays et parfois de continent pour étudier ou pour travailler et gagner sa vie. Le nationalisme, ce n’est bon que pour les bourgeois, il leur sert à soumettre les exploités à leurs intérêts !

Notre sort, notre émancipation dépendent de notre capacité à faire revivre la conscience de classe. La conscience d’avoir à se battre avec tous nos frères d’exploitation contre les exploiteurs, la conscience internationaliste !

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Il n’y a pas d’avenir pour les travailleurs et pour la société dans son ensemble en dehors de l’internationalisme. Dès son origine, le capitalisme a fait tomber les frontières et il a progressivement uni les différents continents dans un même système de production. C’est un processus irréversible qui rend possible le communisme.

Cette division internationale du travail est aujourd’hui si poussée qu’aucun retour en arrière n’est possible sans devoir se passer de la quasi-totalité des objets que nous utilisons tous les jours. Même aujourd’hui, quand les puissances occidentales voudraient se passer du gaz russe, elles n’y arrivent pas et Le Pen, chantre du protectionnisme en France, ne le demande même pas !

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Les multinationales gèrent l’économie à l’échelle du monde et elles prouvent qu’il est possible de le faire. Elles le font de façon désastreuse et irresponsable, mais elles ont construit les puissants outils de prévision, d’organisation, de rationalisation, susceptibles de répondre aux besoins de l’humanité toute entière. En les arrachant des mains des capitalistes, les travailleurs peuvent faire en sorte qu’enfin l’humanité maîtrise son économie, la planifie consciemment pour répondre aux besoins de toute l’humanité et pour assurer l’avenir de la planète.

Un objectif aussi vaste peut sembler inatteignable, voire fou, à une époque où même s’organiser à l’échelle d’un pays est compliqué. Mais, je le répète : notre classe sociale est déjà organisée à l’échelle internationale par les capitalistes eux-mêmes. A l’échelle du monde, la classe ouvrière n’a jamais été aussi forte numériquement qu’aujourd’hui. Il y a partout des prolétaires qui se battent, en Chine, en Inde mais aussi au Pakistan, en Birmanie, en Indonésie et même aux Maldives.

Au Sri Lanka, les travailleurs luttent pour résister à l’effondrement de leur niveau de vie. En février, des milliers de travailleurs haïtiens du textile, surtout des femmes, ont manifesté pour le triplement de leur salaire minimum, à 1500 gourdes, soit 13 euros, par jour.

Aux États-Unis, ce temple du capitalisme, des dizaines de milliers de travailleurs ont fait grève à l’automne dernier dans l’agroalimentaire, la santé et l’industrie, comme chez le constructeur de tracteurs John Deere et le fabricant de céréales Kellogg’s ; et malgré l’opposition hargneuse de leurs patrons respectifs, les salariés de certains Starbucks et d’entrepôts Amazon constituent des syndicats.

Toutes ces luttes sont limitées, voire isolées, mais elles montrent que la lutte des travailleurs est aussi indissociable du capitalisme que le sont l’exploitation et les guerres. Et quand une grève victorieuse dans une entreprise donnera de la force aux travailleurs de l’usine voisine pour engager le combat, le jour où le monde du travail se lèvera à l’échelle de tout un pays et ira jusqu’à contester la propriété privée capitalistes et la domination de la bourgeoisie, il trouvera le soutien d’autres travailleurs du monde.

Les révoltes et les révolutions ont toujours été contagieuses. Et c’est à cela qu’il faut se préparer, c’est pour ces moments-là qu’il faut construire des partis communistes révolutionnaires et une nouvelle internationale.