Sahel : dehors les troupes françaises

24 Mai 2022

Au Tchad, le 14 mai, des manifestations appelées par des partis d’opposition à la junte militaire au pouvoir s’en sont prises à celle-ci et à la France. Dans tout le Sahel, la présence militaire française n’a fait qu’aggraver la situation de la population, qui fait de plus en plus connaître sa colère.

À N’Djamena, capitale du Tchad, les manifestants ont brûlé des drapeaux tricolores et attaqué des stations-service du groupe Total, aux cris de « La France dehors ! » ou « Non au colonialisme français ! » Le seul fait d’oser manifester dans cette dictature sanglante, où torture et répression sont monnaie courante, en dit long sur leur rage.

Les Tchadiens savent de quoi ils parlent au sujet de la mainmise impérialiste de la France. Des décennies durant, elle a soutenu et protégé le dictateur, Idriss Déby. En février 2019, ce sont des Rafale de l’armée française qui ont bombardé une colonne de militaires rebelles tchadiens qui voulaient le renverser. C’est aussi à N’Djamena qu’est installé le poste de commandement du G5 Sahel, la coalition formée en soutien à l’opération française Barkhane. C’est également là que sont stationnés les bombardiers français capables d’intervenir dans tous les pays d’Afrique.

Après la mort d’Idriss Déby, en avril 2021, lorsque son fils s’est proclamé président, à la tête d’un groupe de quinze généraux, le gouvernement français a aussitôt fait reconnaître cette nouvelle junte par la communauté internationale. Lors des funérailles de Déby père, Macron a même affirmé dans son éloge funéraire : « La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui ni demain, remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad. »

Mais la contestation de l’impérialisme français dépasse largement le Tchad. Cela fait neuf ans qu’il s’est lancé dans une guerre pour la défense de ses intérêts dans tout le Sahel, sur fond de montée de la violence et d’une déstabilisation qu’elle n’a fait qu’aggraver.

En novembre 2021, à Téra, petite ville de l’ouest du Niger, la population a bloqué un convoi de l’armée française en route vers le nord du Mali, aux cris de « À bas la France ! » Six mois auparavant, des soldats tchadiens du G5 Sahel y avaient violé plusieurs femmes. La réponse des militaires français a été des tirs à balles réelles, avec pour bilan trois morts et dix-huit blessés. Ce n’était d’ailleurs pas une première. En janvier 2021, au Mali, un bombardement français avait tué 19 villageois dans le village de Bounti, lors d’un mariage dont l’armée a ensuite affirmé qu’il était une couverture pour des terroristes.

C’est au Mali que les manifestations contre la France sont les plus fréquentes, d’autant qu’elles ne déplaisent pas pour le moment à la junte militaire qui a succédé à l’ancien président détesté, et grand soutien des intérêts français, Ibrahim Boubacar Keita. Mais, quels que soient les louvoiements des dirigeants, l’intérêt des populations du Sahel est bel et bien d’en finir avec la mainmise impérialiste française, sous toutes ses formes.

Thomas Baumer