Malik Oussekine : un assassinat d’État

18 Mai 2022

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 le jeune étudiant Malik Oussekine était tué par la police en marge d’une manifestation contre la réforme universitaire du ministre Alain Devaquet.

Deux films rappellent aujourd’hui au cinéma et à la télévision ce crime perpétré par les hommes de main d’un État dont François Mitterrand était président et Jacques Chirac Premier ministre.

La loi Devaquet prévoyait d’instaurer la sélection à l’entrée des universités. Ce projet déclencha une vague de manifestations qui s’étendirent en deux jours à toutes les universités du pays, puis aux lycéens plus nombreux encore. Le jeudi 4 décembre, un million de jeunes manifestèrent en direction de l’Assemblée nationale.

Charles Pasqua, le ministre de l’Intérieur, et son délégué à la sécurité, Robert Pandraud, avaient donné ordre à la police de réprimer sans retenue. Ils lâchèrent sur les manifestants leurs voltigeurs, des CRS montés sur moto. Le policier assis à l’arrière du conducteur devait matraquer les manifestants. Le 5 décembre, à l’issue d’une nouvelle manifestation, trois de ces voltigeurs tombèrent sur Malik Oussekine, qui rentrait chez lui en sortant d’un club de jazz, et le coincèrent dans un hall d’immeuble. Malik eut beau dire qu’il n’avait rien fait, ils le tabassèrent mortellement à coups de pied et de matraque.

Cet assassinat allait marquer la fin du mouvement car Chirac annonça que le projet était abandonné et Devaquet dut démissionner. Les organisations étudiantes proches du Parti socialiste transformèrent les dernières manifestations en enterrement de Malik, où il était interdit de crier des slogans. Les policiers assassins, eux, ne firent même pas de prison. Ils n’écopèrent que de peines avec sursis, « après une parodie de procès » comme le dira la sœur de Malik.

La mort de Malik Oussekine reste aujourd’hui un symbole de la violence sans frein dont est capable la police. Rien n’a changé depuis cet assassinat. Pour protéger les profits de la grande bourgeoisie, l’État entretient ces bandes d’hommes armés en uniforme et leur assure l’impunité. Les gouvernements passent, la police reste et on a pu voir ses violences contre les manifestations ouvrières, les gilets jaunes ou de simples jeunes de banlieue.

Daniel MESCLA