Retraite : riposter aux plans de Macron

11 Mai 2022

En promettant à son électorat et à la grande bourgeoisie le recul progressif de l’âge de la retraite à 65 ans comme trophée de son prochain quinquennat, Macron déclare la guerre au monde du travail.

Lui et ses seconds couteaux usent de la vieille rengaine : « il faut sauver le régime par répartition » comme les médecins de Molière administraient une saignée aux malheureux tombant entre leurs mains. Ils considèrent que c’est à la bourgeoisie d’encaisser, aux travailleurs de payer.

D’habitude, pour justifier leur sale besogne, les gouvernements s’appuyaient sur les projections alarmistes du Conseil d’orientation des retraites. Mais les précédentes attaques contre le droit à la retraite, en particulier sur la durée de cotisation, ont fait – et continuent de faire– tellement baisser le niveau des pensions, que cet organisme, dans son dernier rapport de juin, en est à prévoir que le système sera à l’équilibre d’ici 2030. Ainsi les raisons avancées s’effondrent. D’autre part les projections à dix ans ou à l’horizon 2070 sont grotesques : quel sens ont-elles alors que nul ne peut prédire quel sera l’état de l’économie française et mondiale dans quelques mois, alors qu’elle est soumise aux tempêtes guerrières, spéculatives, inflationnistes, au chaos croissant du commerce et de la production à l’échelle mondiale.

Macron n’a évidemment aucune prise sur l’avenir de l’économie capitaliste, véritable bateau ivre. Mais il a une mission : assurer par tous les moyens la continuité des profits. Ne s’embarrassant pas de prétexte, le régisseur, reconduit dans ses fonctions, a donc promis de reculer de quatre mois par an l’âge de départ en retraite à partir de 2023. La génération 1961 travaillerait ainsi jusqu’à 62 ans et quatre mois et en 2030, la génération 1969 partirait en retraite à 65 ans. Trois ans de retraite de volés ! Le passage de la retraite de 60 à 62 ans représente déjà une économie annuelle de 14 milliards par an aux dépens des pensionnés. Mais l’appétit de la bourgeoisie est sans limite.

Si ce projet s’appliquait, il représenterait une catastrophe pour nombre de travailleurs : beaucoup sont déjà en invalidité avant 60 ans. La majorité n’ont plus d’emploi et seraient condamnés à vivre de minimas sociaux en attendant une retraite toujours plus lointaine. Pour ceux qui conserveront leur emploi, le prix à payer sera la détérioration accélérée de leur santé et un raccourcissement de leur espérance de vie.

Alors que le chômage frappe de nombreux jeunes, vouloir faire travailler toujours plus longtemps leurs parents ou grands-parents est l’indice d’une société malade.

La mobilisation contre la précédente réforme des retraites de Macron l’hiver 2019-2020 avait permis de l’entraver. Les travailleurs n’ont aucune raison d’accepter les reculs successifs imposés par les gouvernements de droite ou de gauche, ni d’en subir de nouveaux.

Les travailleurs, qui créent toutes les richesses, doivent au contraire partir de leurs besoins, de leurs exigences et se préoccuper avant tout de l’équilibre de leur compte en banque. Le retour à la retraite à 60 ans, avec 37,5 années de cotisation doit être un premier objectif. Mais il faudra imposer par la lutte que les profits aussi gigantesques qu’inutiles de la bourgeoisie servent à assurer pour toutes et tous le droit à une retraite décente.

Christian BERNAC