La lutte des places

11 Mai 2022

« Historique », c’est ainsi que, s’exprimant à Aubervilliers le 7 mai, Mélenchon a qualifié l’accord à gauche entre La France insoumise (LFI), Europe écologie Les Verts (EELV), le Parti communiste et le Parti socialiste, donnant naissance à la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes).

Selon cet accord, LFI présentera un candidat aux législatives dans 330 des 577 circonscriptions. EELV, le PS et le PC s’en sont vu attribuer respectivement 100, 70 et 50. La mise au point du programme de cette union a été reléguée après la répartition des circonscriptions. Seules ses grandes lignes ont été énoncées, et pour cause, le seul réel enjeu étant l’obtention des sièges de députés.

Cela a amené certains à se livrer à quelques contorsions. Ainsi le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, est allé jusqu’à déclarer « La loi travail El Khomri, aucun socialiste ne l’a jamais adoptée, parce qu’elle nous a été imposée par le 49.3. »

Tout cela est révélateur d’une capacité politicienne à oublier les prises de positions et promesses de la veille. C’est aussi le cas du PC, qui est revenu sur la revendication du smic à 1 500 euros et s’est aligné sur celle de Mélenchon, à 1 400 euros. Il est vrai que, de toute façon, ces montants sont très proches… et bien loin de ce qui serait nécessaire pour compenser la perte de pouvoir d’achat des classes populaires !

Sur la retraite, l’accord LFI-PS du 4 mai prévoit un « droit à la retraite à 60 ans pour toutes et tous avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles ». Le nombre d’annuités pour avoir droit à une pension à taux plein n’est pas précisé, ouvrant la possibilité de reculer dans les faits l’âge de départ à la retraite, comme l’a fait le gouvernement socialiste sous Hollande.

LFI s’est engagé à garantir un groupe parlementaire, donc l’élection d’au moins 15 députés, à chacun des partis signataires. Tel était bien l’enjeu principal des négociations. Cet accord permet à LFI de se présenter comme le pivot de la gauche dans les années à venir, pour commencer à l’Assemblée nationale.

De son côté, le PS veut tenter de se redonner une image de gauche, bien compromise après le quinquennat de Hollande. C’est en tout cas manifestement le point de vue d’une partie de ses dirigeants, dont Faure, qui ont fait le choix de rejoindre la Nupes. D’autres jugent au contraire que le PS compromet son image de parti de gouvernement, comme l’ancien Premier ministre Cazeneuve, qui a préféré abandonner le PS à son triste sort électoral. D’autres encore revendiquent plus de circonscriptions, ou de pouvoir garder celle où ils se présentent. La présidente de la région Occitanie, Carole Delga, a déclaré vouloir rassembler ces mécontents, espérant sans doute trouver ainsi un tremplin pour se hisser vers les sommets du PS.

Les grandes formules de Mélenchon ne servent qu’à masquer les calculs politiques des uns, les arrangements des autres, la course aux postes de tous, sans que les intérêts des travailleurs soient pris en compte.

Thomas Baumer