Police : le droit de tuer en toute impunité ?

04 Mai 2022

Dimanche 24 avril, un policier a tiré avec son fusil d’assaut sur une voiture qui aurait tenté de se dérober à un contrôle, sur le Pont-Neuf à Paris, tuant deux de ses occupants et en blessant grièvement un troisième.

La mise en examen pour homicide volontaire de ce policier quelques jours plus tard correspond au déroulement normal de la procédure. Mais, en réaction à cette décision, le syndicat policier Alliance a appelé à des rassemblements dès lundi 2 mai pour soutenir le policier mis en cause. Connue pour être particulièrement marquée à droite, cette organisation dénonce le supposé laxisme de la justice et réclame que la « présomption de légitime défense » s’applique à chaque fois qu’un policier fait usage de son arme.

Se refusant à désavouer un appareil de répression sur lequel ils ont en permanence besoin de s’appuyer, les gouvernements ont déjà reculé face à de précédentes mobilisations, notamment en assouplissant en 2017 les règles d’utilisation des armes, en particulier lors des contrôles routiers. Loin de calmer les policiers, ces reculs ont au contraire encouragé les plus à droite à en demander toujours plus, en revendiquant, avec la « présomption de légitime défense », le droit de tuer en toute impunité. Ainsi, c’est la seconde fois en un an qu’Alliance organise des manifestations autour de ce mot d’ordre. Se faisant les porte-parole de ces courants, Le Pen et Zemmour avaient repris à leur compte cette revendication pendant la campagne présidentielle.

À Paris, une contre-manifestation a eu lieu, avec notamment plusieurs familles de victimes de violences policières, pour dénoncer la quasi-impunité qui existe déjà de fait, puisque le nombre de policiers condamnés se compte sur les doigts d’une main. Les autorités ont montré à cette occasion de quel côté allait leur soutien : deux manifestants ont été arrêtés et plusieurs autres verbalisés pour participation à une manifestation interdite.

Camille PAGLIERI