Plan Hirsch pour la santé : cautère sur une jambe de bois

04 Mai 2022

Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) vient de transmettre au gouvernement ses propositions pour soi-disant refonder l’hôpital public.

Bien sûr, crise du Covid oblige, Hirsch commence par rendre hommage aux soignants qui, sans aucuns moyens, ont fait face à la pandémie depuis mars 2019. Il reconnaît la situation catastrophique des hôpitaux, où il manquerait selon lui 8 % des infirmières nécessaires et où des lits par milliers – Hirsch parle de 14 à 15 % des lits – sont fermés. « On est perpétuellement sur la brèche, on ne tourne pas comme cela devrait », dit-il. Ce réquisitoire, dressé par tout le monde, Hirsch ne peut bien sûr pas le contester.

Quand Hirsch évoque le Ségur de la Santé, il admet qu’il a tout juste prévu un rattrapage salarial, bien insuffisant, qui n’a pas du tout mis fin aux vagues de départs dans les hôpitaux. Il chiffre à 500 000 soignants d’ici 2030 le nombre de personnes à embaucher pour que l’hôpital tourne comme il devrait. Et après le diagnostic, il avance bien sûr ses solutions.

Mais on ne se refait pas si vite, même si ce haut fonctionnaire spécialisé dans la gestion hospitalière prétend avoir des solutions audacieuses. Son plan pour « refonder l’hôpital » montre des solutions qui ne dépassent jamais le niveau de mesures technocratiques et administratives sans répondre aux problèmes de fond, à savoir le manque de moyens humains et matériels. Ainsi quand Hirsch parle du financement de l’hôpital, il se présente comme un défenseur de la tarification à l’acte (T2A). Ce système, comme son nom l’indique, fixe le budget des hôpitaux en fonction de leur activité médicale. Mis en place en 2004, il a abouti à une course effrénée à la rentabilité puisqu’elle incite à réaliser le maximum d’activité pour ramener de l’argent à l’hôpital. Et alors même que, depuis 2019, Macron annonce une remise en cause de cette T2A si décriée, Hirsch la défend bec et ongles. Quant à imaginer une augmentation considérable du budget de la santé, en prenant par exemple sur le budget de l’armée ou sur les profits, vous n’y pensez pas !

En ce qui concerne les rémunérations du personnel, Hirsch propose de renoncer aux grilles salariales actuelles qui ne sont pas assez attractives pour donner envie aux soignants de rester à l’hôpital public. Mais ce serait pour les remplacer par un système complexe qui reviendrait à pouvoir augmenter largement certaines professions médicales sans réellement toucher aux salaires des autres. Et dans tous les autres points de son plan, comme la gouvernance de l’hôpital, les mêmes critères de rentabilité dominent. Ainsi Hirsch propose que la Sécurité sociale gère totalement les facturations, avec le but avoué de supprimer 1 500 postes administratifs à l’AP-HP.

Mais quoi d’étonnant à tout cela car, si Hirsch discute bilans et chiffres, à aucun moment il ne songe à demander l’avis du personnel auquel il rend hommage. Le seul dont il entend avoir l’oreille est visiblement Macron, qui dans sa campagne a lui aussi promis de réformer l’hôpital. À se demander si ce qu’Hirsch présente à Macron n’est pas sa candidature au poste de ministre de la Santé.

Cédric DUVAL