Pétrole, banques : les profits de la spéculation

04 Mai 2022

La guerre en Ukraine a considérablement aggravé les pénuries et les hausses de prix dans de nombreux secteurs.

Cela ébranle toute l’économie mondiale, au point qu’en France la croissance au premier trimestre a été nulle. Mais les grands trusts qui viennent d’annoncer leurs résultats, notamment ceux des secteurs pétrolier et bancaire, s’en tirent à merveille.

Les cinq super-majors du pétrole, Exxon, Chevron, Shell, BP et TotalEnergies, devraient annoncer au total 34 milliards de dollars de bénéfices sur les seuls trois premiers mois de l’année. Ces profits exceptionnels sont directement liés à l’envolée des cours du pétrole et du gaz. Des milliards de gens à travers le monde, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, ont dû depuis des mois payer plus cher, pour se chauffer ou pour faire leur plein, et cela est venu alimenter ces surprofits.

Il est vrai que la guerre en Ukraine a posé des problèmes à certains de ces groupes pétroliers. Les sanctions contre le gaz et le pétrole russes hypothèquent sérieusement certains de leurs projets d’investissement. Ainsi, le français TotalEnergies va peut-être devoir faire une croix sur sa participation à l’exploitation du gaz russe d’Arctique. Mais les gains obtenus grâce à la spéculation compensent largement ces pertes éventuelles.

Le bénéfice net du groupe français, sur le seul premier trimestre, est de cinq milliards de dollars. C’est bien plus que ce qu’il avait engrangé l’an dernier sur la même période, alors que l’année 2021 avait déjà été excellente financièrement. Mais le patron de TotalEnergies a précisé que les résultats attendus pour le deuxième trimestre devraient être au moins aussi bons.

Les banques annoncent également des résultats flamboyants. La BNP, qui devra pourtant sans doute abandonner au moins une partie de ses activités bancaires en Russie, a calculé que son chiffre d’affaires atteint 13,2 milliards d’euros sur le premier trimestre. Cela représente une hausse de 28 % en comparaison de l’année passée, qui était aussi une très bonne année. La banque a expliqué qu’elle avait répondu à une très forte demande de la clientèle sur les marchés des changes et sur ceux des matières premières. Là encore, c’est la spéculation qui a généré ces bénéfices exceptionnels.

Pour ces trusts, la guerre et la crise elles-mêmes sont des sources de profits. En spéculant pour s’enrichir, ils accroissent encore le chaos général. Des petites entreprises étranglées par les prix en hausse des matières premières vont devoir mettre la clé sous la porte. La population, elle, devra survivre en se serrant toujours plus la ceinture et en adaptant ses dépenses. Toute la société paye ainsi le prix de la domination et du parasitisme de quelques grands groupes.

Pierre ROYAN