Horaires de travail atypiques : une mesure de l’exploitation

04 Mai 2022

L’Institut national des études démographiques (Ined, organisme public) a publié un rapport sur les horaires de travail atypiques, c’est-à-dire sur ceux des salariés qui travaillent tôt le matin, tard le soir, la nuit, le dimanche ou en horaires fractionnés.

36 % des salariés de ce pays sont soumis habituellement à ce type d’horaires, particulièrement des femmes et majoritairement des travailleurs mal payés. 18 % des travailleurs, les plus mal lotis de ce point de vue, sont contraints à de « petits temps fractionnés et des horaires imprévisibles ». Là encore il s’agit de femmes faisant des heures par-ci, par-là chez des particuliers ou des entreprises de ménage, de restauration, etc. sans aucune certitude sur le salaire qu’elles auront au bout du compte ni même sur la façon dont s’organisera la journée du lendemain.

Derrière les chiffres de l’Ined, chaque salarié peut voir la pression continue et féroce du patronat. Un certain nombre d’entre eux peuvent même y voir un visage, un nom et une voix car il faut des chefs, patrons petits et grands et leur hiérarchie, pour exercer cette pression. Mais il a aussi fallu des dispositions légales rendant possible cette augmentation de l’exploitation du travail et le rapport de l’Ined les cite.

Il s’agit des lois favorisant la modulation des horaires, multipliant les dérogations pour le travail du dimanche, abolissant l’interdiction du travail de nuit des femmes, créant le statut d’autoentrepreneur et généralisant les prétendues négociations au niveau de l’entreprise, c’est-à-dire soumettant un peu plus les salariés au chantage patronal.

La plupart de ces lois, ou plutôt de ces attaques, ont été le fait de gouvernements de gauche et étaient de plus présentées comme des avancées sociales. Il suffit, entre autres, de se souvenir de la loi Aubry, instaurant la modulation du temps de travail discutée entreprise par entreprise, du gouvernement Jospin revenant sur l’interdiction du travail de nuit pour les femmes, de la loi-travail imposée par Hollande aggravant toutes les dispositions précédentes. Ceci explique sans doute les piteux résultats du PS et du PCF à l’élection présidentielle et devrait susciter au moins la méfiance quant aux promesses de ceux qui se proposent de les remplacer.

Paul GALOIS