Hausse des prix : à l’origine, l’œuf ou la poule ?

04 Mai 2022

Depuis mars 2021 le prix des œufs a augmenté de 63 %. Les médias comme les représentants des éleveurs de poules pondeuses et des entreprises du secteur expliquent en chœur que la faute en revient à la hausse des aliments (65 % sur le blé et le soja) et à celle de l’électricité, toutes deux consécutives à la guerre en Ukraine.

Les bons apôtres de l’œuf bio et du bénéfice net évoquent un éleveur de poules qui distribue le grain à la poignée en criant « petits, petits » et qui ramasse à l’aube les œufs frais pondus dans la paille encore chaude et légèrement colorée de fiente. C’est tout ce travail, noble, ancestral et écologique, qui serait ruiné par les manœuvres de Poutine.

La réalité est quelque peu différente. La hausse du blé a commencé bien avant la guerre en Ukraine. Les organisations professionnelles des producteurs d’œufs la dénonçaient déjà en mars 2021. Celle de l’électricité, suivant celle du pétrole, a commencé également bien avant février 2022. Loin d’être des fermes familiales, le millier de sociétés qui commercialisent 15 milliards d’œufs par an, grâce à 48 millions de poules pondeuses, les transforment et les exportent dans le monde entier. Ces entreprises capitalistes modernes ont des bâtiments aérés, chauffés et nettoyés, des convoyeurs, des machines pour emballer les œufs et d’autres pour les transformer, d’autres encore pour valoriser les déjections. Elles ont aussi des ouvriers pour faire fonctionner tout cela, le moins nombreux possible et au plus petit salaire il est vrai.

Ce sont cependant de petites entreprises, soumises aux pressions de beaucoup plus grosses qu’elles. Le blé et le soja sont commercialisés par une poignée de courtiers-spéculateurs. Les autres aliments et les machines sont les produits de la grande industrie. L’énergie, nécessaire au fonctionnement des élevages, est elle aussi sous la coupe de quelques trusts. De l’autre côté les éleveurs ne peuvent vendre leur production qu’à l’industrie agroalimentaire ou à la grande distribution. Que pèse un élevage, même de 300 000 poules pondeuses comme il en existe, devant Danone ou Carrefour ?

Ce n’est ni l’œuf, ni la poule, ni Poutine qui ont commencé à augmenter les prix. C’est le capital dans son ensemble, à commencer par les plus grandes entreprises et les États les plus puissants, qui a recommencé à utiliser ce moyen pour faire payer sa crise aux peuples. Les éleveurs, qui savent qu’ils n’ont aucun pouvoir sur la hausse des prix, demandent donc qu’elle soit répercutée sur les travailleurs et les consommateurs. La seule défense des travailleurs serait d’exiger que leurs salaires suivent, et pas seulement pour éponger le prix des œufs.

Paul GALOIS