Frontex : au service d’une politique inhumaine

04 Mai 2022

Mis en cause par une enquête portant notamment sur des refoulements illégaux de migrants et des actes de harcèlement, le directeur de l’agence européenne Frontex, chargée du contrôle des frontières de l’espace Schengen, a présenté sa démission jeudi 28 avril.

Depuis des années, l’Union européenne a des accords avec les autorités turques ou libyennes pour qu’elles tentent d’empêcher les migrants de venir en Europe. Les gardes-côtes européens peuvent par exemple signaler aux autorités turques une embarcation repérée dans leurs parages afin que les gardes-côtes turcs interviennent et empêchent les migrants d’atteindre les eaux européennes. Mais une fois qu’ils sont arrivés sur le territoire européen, même illégalement, l’UE ne peut empêcher des migrants de demander l’asile.

Or des associations accusent l’agence Frontex de ne pas respecter cette règle et de procéder à des refoulements illégaux. Des migrants arrivés dans les eaux territoriales européennes, ou même ayant accosté en Grèce, seraient ramenés de force dans les eaux territoriales de la Turquie. Frontex contacterait ensuite les autorités turques pour signaler une embarcation cherchant à quitter illégalement leur territoire.

Ces pratiques constituent l’aboutissement de la politique de l’UE visant à renforcer les contrôles à ses frontières, avec l’objectif de refouler à tout prix les migrants. Le budget de Frontex est passé de 98 millions d’euros en 2014 à 544 millions en 2021, et devrait atteindre 900 millions d’euros en 2027, et les effectifs devraient atteindre plus de 10 000 agents à la même date. Cela signifie de plus en plus de drones, de barbelés, de canons sonores, de caméras, et de plus en plus de personnel chargé d’empêcher les migrants de pénétrer en Europe. Cela ne peut pas non plus se faire sans violence. Des migrants ont témoigné de sévices : battus, menottés, aspergés de gaz lacrymogènes, dépouillés de leurs vêtements, certains sont morts de froid.

Tout en rendant ses frontières de plus en plus infranchissables pour les plus pauvres, l’Union européenne prétend respecter les droits humains. C’est une politique hypocrite, mais surtout criminelle, responsable en 2021 de 3 000 morts en Méditerranée, deux fois plus qu’en 2020. La démission d’un responsable ne la fera pas cesser, ni oublier.

Hélène COMTE