États-Unis : le droit à l’avortement en sursis

04 Mai 2022

La Cour suprême des États-Unis est en train de préparer le renversement de la décision de 1973 qui avait fait de l’avortement un droit reconnu à l’échelle du pays.

Un nouvel arrêt serait déjà rédigé qui pourrait être officialisé bientôt et donnerait légalement à chaque État le droit d’interdire l’avortement, sans contestation possible au niveau fédéral.

Depuis longtemps déjà, les politiciens élus grâce à l’appui des courants réactionnaires et religieux leur donnent satisfaction en restreignant le plus possible le droit à l’avortement, et le mouvement s’accélère. C’est au tour de l’Oklahoma d’adopter en ce moment une loi, calquée sur celle mise en place au Texas en septembre dernier, prévoyant l’interdiction de l’avortement après la sixième semaine de grossesse, à un moment où de nombreuses femmes ne savent pas encore qu’elles sont enceintes. Aucune exception n’est prévue en cas de viol ou d’inceste. Le personnel médical qui pratiquerait une IVG encourrait dix ans de prison et 100 000 dollars d’amende. De plus, la délation est encouragée par une prime de 10 000 dollars.

Depuis que le Texas, avec ses 30 millions d’habitants, avait adopté une législation de ce type, des milliers de femmes se rendaient dans l’Oklahoma voisin pour avorter. Ces lois d’État ont été jusqu’à présent contestées juridiquement en saisissant la Cour suprême. Mais de toute évidence celle-ci n’est pas un rempart. En cas de renversement de l’arrêt de 1973, les lois les plus restrictives, qui étaient jusqu’à présent suspendues, s’appliqueraient. L’avortement serait criminalisé sur une grande partie du territoire américain.

Si cela se produit, on peut être sûr que Joe Biden et les démocrates au pouvoir à Washington émettront des protestations et plaindront les femmes ainsi privées du droit à maîtriser leur corps. Mais ils leur demanderont aussi de se soumettre aux lois, fussent-elles barbares. Au nom du droit des États à décider, la « démocratie » américaine a ainsi permis pendant soixante-dix ans que des millions de Noirs soient soumis à l’esclavage dans une douzaine d’États. Puis, pendant un siècle, ils ont été privés des droits élémentaires en subissant les lois ségrégationnistes. Il a fallu le mouvement noir massif, tenace et profond des années 1950 et 1960 pour que, ne serait-ce que le droit de vote des Noirs, devienne effectif dans tous les États.

De même, il y a cinquante ans les femmes américaines n’ont pu faire valoir leur droit à l’avortement qu’en organisant un mouvement devant lequel l’État fédéral, déjà confronté à une contestation de la population noire et à un important mouvement contre la guerre du Vietnam, a cédé. En 1973, la Cour suprême, composée de juges tout aussi réactionnaires qu’aujourd’hui, avait alors transcrit dans le droit ce rapport de force favorable aux femmes en rendant l’avortement légal à l’échelle du pays.

Dans la soirée du 2 mai, dès que la nouvelle du projet de la Cour suprême s’est répandue, des manifestants ont afflué spontanément devant son siège de Washington pour protester contre ce retour en arrière. Bien plus sûrement que les démocrates de la Maison Blanche et du Congrès, ce début de mobilisation montre la voie de la protection du droit des femmes.

David Mencas