Viol au 36 quai des Orfèvres : les policiers acquittés

27 Avril 2022

Il y a trois ans, deux policiers avaient été condamnés à sept ans de prison pour le viol d’une touriste canadienne. À l’époque, la justice avait déjà montré sa réticence à condamner des policiers. Mais huit ans après les faits, les deux accusés viennent d’être acquittés par la cour d’assises de Créteil.

Le 22 avril 2014, la jeune femme avait fait la connaissance de plusieurs policiers de la BRI dans un pub irlandais en face du 36, quai des Orfèvres. Profitant de cette soirée alcoolisée, plusieurs policiers l’avaient invitée à visiter leurs locaux. Elle en était ressortie en état de choc, dénonçant un viol en réunion commis par plusieurs policiers. Mais il n’a pas suffi qu’elle porte plainte pour être entendue.

Les deux policiers qu’elle avait clairement identifiés ont d’abord bénéficié d’un non-lieu avant que la justice ne se ravise et les renvoie devant les assises en 2019. Alors que la jeune femme dénonçait explicitement un viol, les policiers ne reconnaissaient que des actes sexuels consentis. Au bout d’un long périple, des preuves comme le texto envoyé par l’un des policiers prouvant sa volonté d’abuser de cette jeune femme et d’appeler pour cela certains de ses collègues, la présence d’ADN des policiers sur la jeune femme et d’autres éléments avaient amené la justice à condamner les policiers à sept ans de prison en première instance.

Ceux-ci ont fait appel, et c’est lors de ce dernier procès qu’ils ont été acquittés alors que le parquet avait demandé la confirmation des peines de prison.

Les avocats des policiers se sont servis de son état de choc pour stigmatiser la victime. Celle-ci ne se rappelant pas tous les détails de la soirée, après une thérapie qui devait l’aider à oublier, les avocats des policiers ont invoqué un manque de crédibilité. Ils ont étalé sa vie privée pour essayer de faire rimer femme libre avec femme acceptant toute relation sexuelle. Pour expliquer ce revirement de la justice, on peut imaginer que cet étalage de préjugés réactionnaires contre les femmes a permis aux policiers de bénéficier du doute et d’obtenir l’acquittement. Ils sont ressortis libres, applaudis par leurs proches, tandis que la plaignante ressortait en larmes.

Cette affaire scandaleuse dans la forme comme dans le fond démontre une nouvelle fois que, dans cette société d’oppression, les femmes victimes de violences ne peuvent pas se contenter de faire confiance à la justice et aux institutions pour les protéger.

Marion AJAR