Nigeria : la malédiction des compagnies pétrolières

27 Avril 2022

Au moins 110 personnes sont mortes vendredi 22 avril dans l’explosion d’une raffinerie illégale de pétrole au Nigeria. Ce drame s’ajoute à la longue liste de ceux survenus dans la région du delta du Niger, où les compagnies pétrolières occidentales extraient le pétrole pour l’exporter loin du Nigeria.

Si ce pays est le premier producteur d’Afrique, il ne possède pas de raffineries en nombre suffisant pour alimenter sa population. 90 % du pétrole produit part donc à l’étranger, avant de revenir transformé en essence pour être vendu à des prix hors de portée de la population. Le prix de l’essence et du gazole, indispensables pour alimenter les véhicules et les innombrables blocs électrogènes, a même triplé dernièrement.

Tout un trafic s’est depuis longtemps développé dans la région pétrolière du delta du Niger, pour tirer profit de cette situation créée par les compagnies pétrolières. Des pirates se sont spécialisés dans le perçage des pipe-lines et revendent le pétrole brut ainsi récupéré à de petits raffineurs clandestins. Ceux-ci opèrent dans des installations de fortune, sans aucune sécurité, si bien que les accidents sont fréquents. C’est autour d’une telle raffinerie qu’étaient rassemblés les quelques travailleurs faisant tourner l’activité et la foule des clients dont on a retrouvé les corps calcinés. Ils s’y approvisionnaient pour revendre ensuite l’essence dans les grandes villes.

Ceux qui opèrent ce trafic, pirates ou raffineurs, sont souvent d’anciens pêcheurs ou agriculteurs ruinés par l’activité des compagnies pétrolières. Dans le delta du Niger, tout est en effet devenu toxique par leur faute. Les déchets déversés dans l’eau s’ajoutent à la pollution générée par les torchères pour s’attaquer à toute forme de vie. Les poissons meurent, les arbres se rabougrissent, les nappes phréatiques sont polluées. Des milliers de nourrissons meurent prématurément.

C’est ainsi que les géants du pétrole assassinent la population des pays pauvres.

D. M.