Un système électoral au service de la bourgeoisie

20 Avril 2022

Comme à chaque élection, on voudrait faire croire que le résultat de la présidentielle sera l’expression de la volonté populaire et qu’il conviendra de se soumettre bon gré mal gré aux décisions du président élu.

Rien n’est moins vrai, car il y a un monde entre les aspirations de ceux qui mettent un bulletin dans l’urne et les conséquences que ce vote aura pour eux.

L’exercice tant vanté du suffrage universel est encadré par toute une série de règles et, une fois passé par cet alambic, le produit distillé n’a plus rien à voir avec ce que croyaient exprimer les électeurs. La machinerie a évolué au fil de l’histoire, jusqu’à la Constitution de la 5e République qui donne presque la totalité des pouvoirs au président, mais la conclusion est toujours la même. Quel que soit le résultat des élections, le véritable pouvoir appartient au grand capital et le président élu ne tarde pas à asséner ses coups aux classes populaires, ses électeurs compris, et à servir la grande bourgeoisie.

Alors que les électeurs sont renvoyés au silence une fois fermés les bureaux de vote, les grands bourgeois ont porte ouverte à tous les échelons du pouvoir, dans les ministères et jusqu’au palais présidentiel. Toute une armée de hauts fonctionnaires, ceux que les journalistes appellent les grands commis de l’État, veillent à leurs intérêts et assurent la continuité de l’État bourgeois, par-delà les changements de président, de ministres ou de majorité parlementaire. En fait, les élections servent plus à camoufler cet appareil et à le légitimer qu’à mettre en œuvre une prétendue volonté populaire.

Sans même parler de pouvoir réel, même la simple expression de ce que pourrait penser la population n’existe pas. Toute une partie de la classe ouvrière, les immigrés, est d’emblée exclue du droit de vote. Aux présidentielles, les candidats qui ont une chance réelle sont sélectionnés d’avance par un système de parrainage, d’obligations financières et un accès différent dans les médias. Aux législatives les circonscriptions électorales ne donnent pas la même représentation aux électeurs des quartiers populaires qu’à ceux des zones plus bourgeoises. Tout est fait pour que les petits mouvements d’opinion favorables à une prise de conscience des travailleurs ne trouvent pas une traduction électorale.

Il peut certes arriver que ce système bien huilé échappe aux volontés de la bourgeoisie, sur un coup de poker d’un homme politique par exemple. On a vu comment en Grande Bretagne le référendum sur le Brexit a abouti à un résultat inverse de celui espéré par la bourgeoisie anglaise. Mais force est aujourd’hui de constater que celle-ci a pu en accommoder les conséquences grâce à sa position dans la société, ce qui n’est aucunement dans les possibilités des travailleurs face à des résultats qui leur sont défavorables. Cela suffit à montrer où est le vrai pouvoir.

Dans l’élection présidentielle, une partie des électeurs se sent aujourd’hui frustrée du choix offert entre deux candidats qu’elle récuse, Macron et Le Pen. C’est le résultat de toute une machinerie électorale conçue pour que, après avoir donné à l’électeur l’illusion qu’il peut choisir la politique qui sera menée, on aboutisse de toute façon au pouvoir d’un seul homme – ou femme – qui sera hors de son contrôle, mais pas hors de celui de la bourgeoisie.

Daniel MESCLA