Retraites : hold-up gouvernemental

20 Avril 2022

En temps de campagne présidentielle plus encore qu’en temps normal, la désinformation à propos des retraites, de la santé et plus généralement de ce qu’on nomme la politique sociale des gouvernements est la règle.

Président de la République, politiciens, journalistes, pseudo-économistes et candidats présidentiables ont donc péroré sur le coût que pourrait entraîner pour les finances publiques telle ou telle mesure dite sociale.

Il faut pourtant rappeler que les retraites des millions de salariés du privé sont financées par eux-mêmes et par personne d’autre. Non seulement l’État n’y contribue pas, mais tous les gouvernements, celui-ci comme tous ceux qui l’ont précédé, ont organisé un véritable hold-up de masse sur les cotisations accumulées pour financer les retraites et l’ensemble de la sécurité sociale.

Le régime général des retraites du secteur privé est géré par une branche de la Sécurité sociale, la CNAV. Mais qui finance la Sécurité sociale, l’ensemble de ses branches, celle des retraites avec la CNAV, celle de la santé avec l’Assurance maladie et celle des prestations sociales avec la CAF ? Eh bien, ce sont uniquement les salariés par le biais de leurs cotisations. Ce qu’on appelle à tort « la part patronale » de ces cotisations n’est en réalité qu’un salaire différé. La preuve en est donnée par les employeurs eux-mêmes. Leurs prétendues cotisations sont classées dans leurs comptes et bilans sous la même rubrique de « charges sociales ». Elles s’ajoutent aux salaires et aux autres dépenses pour déterminer les prix de revient et les prix de vente. Il n’y a que les salariés qui ne peuvent rien récupérer quand ils voient leur salaire brut annoncé diminué en moyenne de 23 % par ces cotisations obligatoires.

Cet argent est une énorme manne de 420 milliards d’euros par an prélevés en amputant les salaires de la classe ouvrière. Elle représente pratiquement le double du budget de l’État.

Depuis des années, les allégements de « charges », c’est-à-dire les baisses de ce qui est appelé la part patronale des cotisations, ont pris de l’ampleur et se chiffrent en dizaines de milliards. Pour le patronat, cela correspond à une baisse de la rémunération due pour l’emploi des salariés. Cela a représenté un coût pour l’État, qui en a compensé une partie, et encore plus un coût pour la Sécurité sociale, qui a supporté le reste. Et c’est au nom de ce vol opéré sur leur salaire différé qu’on a restreint les droits des salariés en attente de départ à la retraite et réduit les pensions de ceux qui y étaient déjà.

Toute la question des retraites est ainsi présentée de façon biaisée. Les grandes centrales syndicales ne le démentent pas, notamment parce qu’elles sont associées à la gestion du système par une série de postes, voire une supposée co-gérance en ce qui concerne les caisses de retraite complémentaires, avec l’efficacité que tout le monde peut constater. Mettre fin à ce vol organisé sur le dos des salariés impliquerait au moins de revenir à ce que réclamait autrefois la CGT, avant qu’elle ne sombre dans la collaboration de classe : « Non à tous prélèvements et cotisations sur la paye des salariés…. les retraites doivent être assurées par le maintien intégral du salaire, et payées par le seul patronat et autres employeurs.»

Paul SOREL