Logement : la répression à la place d’un toit

20 Avril 2022

Depuis le 5 mars, l’association Droit au logement (DAL) avait installé place de la Bastille à Paris 220 familles qui devraient, selon la loi, être relogées par l’État. La seule réponse est venue de la police, le 12 avril, qui a réprimé une manifestation de soutien à proximité du ministère.

Deux femmes ont été molestées et le porte-parole du DAL, Jean-Baptiste Eyraud, a été plaqué au sol, menotté, avant d’être retenu en garde à vue pendant six heures. Selon Le Parisien, l’intervention policière est l’œuvre des brigades de répression des actions violentes motorisées, formées lors de la répression des gilets jaunes, sous l’autorité du préfet de police Didier Lallement. Un tribunal administratif a annulé l’interdiction qu’il avait prise à l’encontre de rassemblements du DAL, ce qui ne l’a pas empêché d’envoyer ses hommes de main.

Une loi de 2007 instaure le droit au logement opposable (DALO) censé garantir aux personnes un logement décent et indépendant et obliger l’État à leur trouver une solution dans les six mois. Or, selon un recensement de février 2021, plus de 78 000 personnes restaient en attente, souvent depuis plusieurs années. Et il y a tous les autres car parmi les personnes sans domicile, plus de 300 000 selon la Fondation Abbé Pierre, beaucoup n’ont pas même la possibilité de faire les démarches. Pour ceux qui remplissent un dossier, c’est à une commission départementale de décréter s’ils ont vraiment un besoin urgent ou pas ! La proportion de décisions favorables, qui n’était déjà que de 45 % en 2008, est tombée à 34, 8 % en 2020. Les associations dénoncent une adaptation des décisions non aux besoins des personnes, mais au nombre de logements proposés, qui avoisine zéro dans le secteur privé. Et quand la police intervient, ce n’est pas pour réquisitionner des logements vides, mais pour expulser ceux qui n’ont plus les moyens de payer ou pour réprimer les sans-toit et ceux qui les défendent.

Jean SANDAY