Armement français : l’inépuisable source de profit

20 Avril 2022

La guerre en Ukraine fait des heureux. Les représentants des industries d’armement terrestre, naval et aérien, auditionnés fin mars par la Commission de défense de l’Assemblée nationale, plaident pour une augmentation des commandes militaires de l’État.

Ces trois groupements industriels, respectivement présidés par Marc Darmon, directeur adjoint de Thales, Pierre-Éric Pommellet, PDG de Naval Group, et Éric Trappier, PDG de Dassault aviation et également président du Conseil des industriels de défense française (Cidef), ont, depuis le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine, un argument de poids.

Leurs industries ne sont pourtant pas à plaindre puisque, en 2021, les exportations d’armes françaises ont déjà pulvérisé leur record de 2015 (16,9 milliards d’euros) grâce notamment aux quatre contrats de vente de Rafale obtenus avec la Grèce, l’Égypte, la Croatie et les Émirats arabes unis. Mais les marchands d’armes en veulent encore davantage.

En France, avant la guerre en Ukraine, la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 avait prévu de faire passer les dépenses de 40,9 milliards en 2022 à 50 milliards en 2025 (soit 2,5 % du PIB), à raison de trois milliards supplémentaires par an. Cela est jugé insuffisant par ces représentants de l’industrie de l’armement. « La menace est à la porte de nos frontières, il faut réagir et très vite », a déclaré Éric Trappier. Cette loi de programmation ne permettait que de rattraper un retard accumulé depuis la chute du Mur de Berlin. Le conflit ukrainien exige des décisions à court terme pour préparer les guerres du futur, selon ce porte-parole des intérêts de Dassault. Macron avait abondé dans ce sens dès le 2 mars en promettant une programmation plus ambitieuse à partir de 2025, pour amplifier « l’investissement dans la défense ». Et on peut être certain que, quel que soit le résultat des élections le 24 avril, les Thales, Dassault et autres seront entendus.

Les classes populaires paieront deux fois cette voracité. Elles le paieront par l’accroissement des dépenses d’armement au détriment des secteurs indispensables, la santé ou l’éducation, financées en prenant dans la poche des classes populaires. Elles le paieront surtout par l’extension de la guerre… sauf à renverser ces capitalistes prêts à semer mort et destructions pour toujours plus de profits.

Aline RETESSE