Ukraine : l’impérialisme fait la guerre par peuple interposé

13 Avril 2022

Depuis que le Kremlin a cessé de faire bombarder la capitale ukrainienne pour concentrer ses forces sur le Donbass, les dirigeants européens s’y pressent. On les y voit défiler, sinon pour aider l’Ukraine comme ils le prétendent tous, du moins pour prendre la pose devant les caméras de télévision en appelant les Ukrainiens à résister.

Présidente de la Commission européenne, Ursula van der Leyen a ouvert le bal le 8 avril, annonçant que l’Europe avait recueilli plus de un milliard d’euros « pour l’Ukraine ». Pour rencontrer le président Zelensky, et se montrer à côté de fosses communes où reposent des centaines de civils tués par l’armée russe, elle avait notamment emmené le Premier ministre de Slovaquie. Sans doute parce que ce petit État d’Europe centrale, qui accueille 200 000 réfugiés ukrainiens, vient, comme bien de ses semblables, d’augmenter son budget militaire en prétextant les tensions à l’Est .

Le lendemain, ce fut le tour du chancelier autrichien, puis du Premier ministre britannique, Boris Johnson. Flanqué d’une nuée de gardes du corps, de journalistes et de Zelensky, celui-ci a fait trois pas sur le Maïdan, au centre de Kiev, et un beau discours sur les blindés qu’il allait offrir à l’Ukraine.

Certains signalent que, l’armée de Londres n’ayant plus l’usage de ces armements vieillis, cela ne coûte guère à Johnson. Mais cela peut lui rapporter sur le terrain de la démagogie va-t- en guerre. Il a ainsi posé au « leader dans le soutien militaire à l’Ukraine », selon l’administration présidentielle ukrainienne.

Dimanche 10 avril, à Rome, le pape, en bon jésuite qu’il est, a prôné une « trêve de Pâques ». Une pause entre les massacres d’avant et d’après ? Il aurait aussi bien pu ajouter la Trinité, tant les chefs d’État et de gouvernement, les états-majors et les milieux d’affaires des grandes puissances voient favorablement la poursuite de cette guerre fratricide.

Beaucoup ne se cachent plus d’en énoncer les raisons : commerciales pour les marchands d’armes, mais aussi pour les capitalistes profiteurs de guerre ; politiques pour les dirigeants des États occidentaux, qui voient dans cette guerre où la Russie s’est embourbée une occasion de l’affaiblir.

Ce ne serait pas la première fois que, sans entrer eux-mêmes directement en guerre, ils feraient la guerre avec la peau des autres peuples.

Entre 1979 et 1989, les États-Unis ont réussi à affaiblir l’Union soviétique en la laissant intervenir en Afghanistan, tout en soutenant financièrement et militairement les guérillas islamistes sur place. Outre que cela a contribué à l’effondrement de l’URSS, cela allait plonger le pays et sa population dans une guerre sans fin, et dans l’obscurantisme de la dictature des talibans.

Autre exemple : entre 1980 et 1988, l’impérialisme américain dressa l’Irak, son allié, contre l’Iran, son ancien allié devenu indocile sous le régime des mollahs. Il prit soin de fournir des armes directement au premier et indirectement au second, afin que ces deux puissances régionales s’épuisent mutuellement. Résultat ? Au moins 200 000 morts du côté irakien et bien plus encore du côté iranien, et la déstabilisation durable de la région.

Aujourd’hui, les puissances de l’OTAN et la Russie se livrent à un bras-de-fer guerrier en Ukraine. Mais comme les États-Unis et leurs alliés ne veulent pas d’un affrontement direct, c’est le peuple ukrainien qui leur sert de chair à canon. Et les massacres qui se multiplient, les horreurs de la guerre leur servent de justification pour la poursuivre.

Pierre LAFFITTE