Nokia : un secret des affaires bien commode

13 Avril 2022

À l’occasion du rachat d’Alcatel-Lucent par Nokia en 2015, le ministère de l’Économie, dirigé à l’époque par un certain Emmanuel Macron, avait prétendu avoir obtenu des engagements de cette entreprise en termes d’effectifs et d’activités en France.

En effet tout le monde savait que le rapprochement des deux trusts de la téléphonie s’accompagnerait de licenciements dans beaucoup de leurs secteurs d’activité, mais le gouvernement avait claironné qu’il avait limité la casse. Quatre plans de licenciements s’ensuivirent, accompagnés de quelques centaines d’embauches.

Ces engagements sur les effectifs dans la R&D n’étaient qu’à durée limitée et se sont terminés le 1er juin 2020. Et, douze jours seulement plus tard, un nouveau plan annonçait 1 233 suppressions de postes. Nokia a même obtenu une subvention supplémentaire de 28 millions d’euros, en réduisant de 247 le nombre de départs, soit une modification à la marge de son plan. Si on fait le total, Nokia a reçu au moins 310 millions de fonds publics entre 2015 et 2019.

Quand les syndicats ont cherché à connaître les termes des engagements de Nokia, Bercy a invoqué le secret des affaires et la sûreté de l’État pour ne pas leur répondre, sans qu’on voie quel rapport il peut y avoir entre le secret des affaires et les garanties sociales. Aux dernières nouvelles, ils semblent avoir obtenu du tribunal administratif qu’on leur transmette ces fameux documents. Mais ils le seront sous une forme tronquée, puisque les passages confidentiels seraient effacés.

Le secret des affaires est vraiment la règle pour patronat et gouvernement. Les arrangements entre le pouvoir et les dirigeants du groupe Nokia ont été et sont toujours secrets. Nokia cherche-t-il à cacher les centaines de millions obtenus sur les fonds publics ? Le gouvernement veut-il cacher qu’il sert la soupe à Nokia ? Les deux, sans aucun doute.

Correspondant LO