Harcèlement scolaire : la politique de la goutte d’eau

13 Avril 2022

Après la promulgation, le 2 mars, d’une loi transformant le harcèlement scolaire en délit passible de dix ans de prison, voici qu’est lancée une application du nom de Kolibri.

Elle a été développée par une association agréée par le ministère de l’Éducation nationale. Sa fondatrice fait partie du conseil de pilotage du programme pHARe mis en place par le ministre Blanquer, dans le but affirmé de combattre le harcèlement scolaire. En réalité, ce programme n’a pas abouti à de nouveaux moyens mais a consisté à former le personnel et les parents. L’outil numérique est présenté comme permettant aux enfants d’exprimer facilement leur peur, et donc d’alerter plus facilement les adultes.

Il est difficile de ne pas voir là un palliatif dérisoire, à l’image du numéro vert qui existe contre les violences conjugales. Même si cette application aide à révéler les cas de harcèlement, quelle sera la suite ? Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de diminuer progressivement l’effectif du personnel encadrant des établissements scolaires. Parallèlement, ils n’ont cessé de s’attaquer aux structures de soin et d’écoute des jeunes, comme les centres médico-psy­cho-pédagogiques ou les centres médico-psychologiques pour enfants. Désormais, dans certains départements comme la Seine-Saint-Denis, il faut attendre un an et demi pour y accéder.

On peut toujours prétendre s’attaquer au harcèlement scolaire en augmentant les peines judiciaires, comme le gouvernement vient de le faire avec la loi du 2 mars, tout en continuant à faire des économies sur les services publics. Mais comment ne pas voir le décalage immense avec la réalité ? Le harcèlement est bien souvent le fait d’autres enfants, souvent entraînés par l’effet de bande. Lutter contre cette violence nécessite des moyens pour écouter et parler avec les personnes concernées.

L’application Kolibri est bien à l’image de ce décalage. Dans la fable, un colibri verse une goutte d’eau pour éteindre un feu de forêt en disant « qu’il fait sa part ». Une goutte d’eau dans l’océan d’économies criminelles faites aux dépens de la jeunesse ne peut être un alibi.

Thomas Baumer