Grèce : grève contre la vie chère

13 Avril 2022

Le 6 avril, en Grèce, une grève générale a paralysé l’économie, en particulier les services publics, pour protester contre la hausse du coût de la vie. Dix mille manifestants à Athènes, 9 000 à Thessalonique, la deuxième ville du pays, ont défilé aux cris de « Hausse des prix, pauvreté, inégalités, augmentez les salaires ».

La mobilisation a aussi touché d’autres villes, à l’appel des syndicats du privé (GSEE), du public (Adedy) et de PAME, lié au Parti communiste, dont les militants dénoncent également l’adhésion du gouvernement grec à la politique de l’OTAN dans la guerre russo-ukrainienne.

La hausse du coût de la vie est en effet catastrophique. Officiellement, de mars 2021 à mars 2022, l’inflation atteint presque 9 %. Mais, sur la même période, certains prix ont littéralement crevé les plafonds : 79 % de hausse pour l’électricité, 68 % pour le gaz, 58 % pour le fioul de chauffage. Dans l’alimentaire, on compte 20 % de plus pour l’huile, 7 à 8 % pour les fruits, le pain, le lait, 6,5 % pour la viande. Tous ces produits tiennent dans le budget des travailleurs une part bien plus importante que les statistiques gouvernementales ne le reconnaissent.

Après douze ans de crise sous différents gouvernements, le chômage a officiellement diminué de moitié, mais grâce à des contrats courts et à mi-temps. Un salarié du privé sur deux gagne moins de 800 euros brut par mois. Dans le public, les travailleurs qui ont vu leur salaire baisser de 30 % dans les années 2010 n’ont pas eu de revalorisation. Plus de 400 000 jeunes ont quitté le pays, fuyant les bas salaires, les conditions de travail dégradées dénoncées par le syndicat GSEE, en particulier dans l’industrie, où les accidents du travail graves sont de plus en plus fréquents. Deux mille soignants ont été licenciés et les hôpitaux sont dans un état lamentable. De nombreux travailleurs ont deux emplois pour boucler les fins de mois.

Depuis 2010, les retraites ont subi vingt-sept diminutions successives. Avoir perdu le tiers de sa pension n’est pas une exception et beaucoup de travailleurs, dont des retraités, sont réduits à la soupe populaire.

Le gouvernement très à droite de Mitsotakis a annoncé des aides sociales pour les plus démunis, inspiré sans doute par la perspective des élections législatives de l’année prochaine. Mais toute sa politique consiste à servir les capitalistes grecs ou étrangers, aux dépens des travailleurs sommés de payer une dette perpétuelle aux créanciers européens ou américains.

Quant aux récents achats d’armes, frégates et Rafale français par exemple, ils vont creuser un peu plus le trou du budget. Pas de quoi rassurer la population, dans un contexte de guerre où la Grèce est un des avant-postes de l’OTAN.

Sylvie MARÉCHAL