Galaxies de satellites : décharges en orbite13/04/20222022Journal/medias/journalarticle/images/2022/04/P16_Space_X_OK_Lupo.jpg.420x236_q85_box-0%2C174%2C449%2C426_crop_detail.jpg

Leur société

Galaxies de satellites : décharges en orbite

Jeff Bezos, propriétaire d’Amazon, compte placer 3 236 satellites en orbite autour de la Terre d’ici cinq ans. Il lui faudra pour cela lancer 83 fusées, dont 18 sont d’ores et déjà commandées à Arianespace.

Illustration - décharges en orbite

Cette galaxie de satellites devrait permettre de connecter à l’Internet haut débit la planète entière, y compris les zones actuellement blanches, et surtout d’accroître encore la fortune de Bezos et son pouvoir. Son concurrent Elon Musk, première fortune mondiale au dernier classement, juste devant Bezos, a fait le même calcul. Il a, lui, déjà envoyé plus de deux mille satellites dans l’espace et prévoit d’en lancer des dizaines de milliers.

Les organismes internationaux et américains ont obligeamment fourni les autorisations nécessaires aux lancements, les sociétés publiques ou à capitaux publics ont offert leur concours, les médias ont applaudi la hardiesse de ces deux capitaines d’industrie et convié la population à faire de même. Et pourtant…

Pour des raisons de concurrence, la Terre va donc être dotée de deux galaxies de satellites visant au même usage. Ni Bezos ni Musk ne se soucient du devenir des objets ainsi mis en orbite. Depuis Spoutnik en 1957, 8 000 satellites et leurs fusées porteuses ont déjà produit une ceinture de déchets autour de la Terre. Ceux qui projettent d’en envoyer dix fois plus sont simplement tenus à quelques précautions minimales, invérifiables, comme toutes les lois destinées à contenir les méfaits des milliardaires : leurs engins sont censés soit se désintégrer proprement en rentrant dans l’atmosphère, soit pouvoir être éloignés de la Terre, sur une orbite lointaine, le cimetière des satellites. Le risque est évidemment de transformer tout l’espace proche en poubelle, de multiplier les collisions et les interférences, voire, d’après certains astronomes, de brouiller leurs observations et leurs mesures. On compte pour rien dans ce bilan le gâchis de travail humain, la consommation d’énergie, les milliards de fonds publics, les déchets terrestres engendrés par cette double et coûteuse opération.

Alors que les dirigeants politiques du monde entier se gargarisent de transition énergétique, aucun n’a posé la question du bilan énergétique des galaxies de satellites, de la comparaison avec un autre mode de transmission, de la balance coût social-utilité sociale, ni même n’a pris l’avis de qui que ce soit. Musk et Bezos décident pour tout le monde !

On pourrait aussi se demander si les résultats escomptés pour l’humanité, et pas seulement pour les deux promoteurs, méritent une telle débauche de moyens et de tels risques. Mais il est vain de tenter de démêler l’utile du superfétatoire ou le rationnel de la folie furieuse, dans une société tout entière organisée pour le profit. Les satellites connectent aussi bien les spéculateurs qui affament le monde que les biologistes qui inventent un vaccin, les militaires qui préparent la guerre que les amants séparés par un continent. Et qu’importe aux Bezos et aux Musk, puisque tous versent leur obole !

Le problème n’est pas dans la technique utilisée, mais dans ceux qui l’utilisent. Tant qu’on laissera une poignée de milliardaires décider seuls et pour leur seul profit, le monde entier, espace compris, sera une poubelle et un asile de fous, où des institutions prétendant représenter l’intérêt collectif sont à genoux devant le veau d’or.

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