Engrais : les spéculateurs tuent déjà

13 Avril 2022

En Afrique de l’Ouest et au Sahel, des famines se préparent, dues aux hausses des prix des céréales. Mais ces famines vont être considérablement aggravées par les hausses des prix des engrais, qui entraînent déjà l’effondrement de la production locale de blé et de maïs.

La fabrication des engrais azotés nécessite beaucoup de gaz, et l’envol de son prix se répercute sur ceux des engrais. De ce point de vue, la guerre en Ukraine a eu un double effet. Car la Russie, en plus d’être un des plus importants fournisseurs de gaz au monde, en est un aussi pour les engrais.

Ensuite, les groupes internationaux, comme le géant norvégien Yara International, ont fait le choix de réduire leur production à cause des coûts d’approvisionnement en gaz, ce qui a encore fait monter les prix. La spéculation, qui s’immisce vraiment partout, s’est engouffrée dans ce secteur aussi. Au point qu’aujourd’hui le niveau des prix est si élevé que même les producteurs d’engrais africains, notamment nigérians, préfèrent profiter de l’aubaine pour exporter leur production au Brésil et en Europe plutôt que de l’écouler sur leur propre continent.

Déjà, l’an dernier, la production de céréales avait chuté dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest à cause des difficultés d’importation des engrais. Là où cela a été le plus dramatique, c’est au Niger (-36 %) et en Mauritanie (-18 %). Cette année, cela risque d’être bien pire. Tous ces pays vont être coincés entre, d’un côté, une production céréalière locale catastrophique et, de l’autre, des prix internationaux des céréales exorbitants.

Les caméras de télévision sont actuellement braquées sur les champs de bataille d’Ukraine où se déroulent des atrocités, c’est certain. Mais quand montreront-elles les ravages causés par l’ordre impérialiste partout ailleurs ?

Pierre ROYAN