Chlordécone : vers un non-lieu révoltant mais pas surprenant

13 Avril 2022

Le 25 mars, les juges d’instruction du tribunal justiciaire de Paris déclaraient la fin des investigations dans l’enquête sur l’empoisonnement au chlordécone en Martinique et Guadeloupe. Il n’y aura pas de mise en examen et l’affaire s’oriente vers un non-lieu.

En avril 2021 déjà, le procureur déclarait que les faits étaient prescrits, depuis même le dépôt de la plainte en 2006. Ce pesticide a été interdit en France en 1989, dix ans après son classement comme potentiellement cancérigène. Par dérogation, il a continué à être employé dans les bananeraies de Martinique et Guadeloupe jusqu’en 1993. Des stocks importants ont vraisemblablement été utilisés par la suite.

L’empoisonnement au chlordécone cause, entre autres maladies, plusieurs types de cancers. Aux Antilles, le taux de cancer de la prostate est un des plus élevés au monde. Les plus touchés sont les ouvriers agricoles de la banane : 90 % de la population adulte sont contaminés à divers degrés.

Une partie de la population continue à se mobiliser pour dénoncer les responsables et exiger que les terres contaminées soient dépolluées. Alors que les empoisonneurs, l’État et les gros planteurs principalement békés bénéficieront probablement d’un non-lieu, des manifestants ont été arrêtés, deux d’entre eux sont emprisonnés.

La reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie professionnelle pour les personnes exposées est une première victoire partielle. Mais par définition elle ne concerne que les hommes.

Or, un grand nombre d’ouvrières agricoles qui ont répandu du chlordécone sont elles aussi victimes de cancers et bien des hommes connaissent aussi des cancers autres que celui de la prostaste. Il faut encore se battre pour élargir la reconnaissance en maladie professionnelle.

Alors que les pollueurs ne seront même pas poursuivis, ce serait d’abord à eux de financer les 3,2 milliards nécessaires à la dépollution des terres. Tous les malades doivent être pris en charge et indemnisés. La lutte pour l’imposer devra continuer.

Marie-Céline Deshauteurs