Bolloré Africa Logistics : la poule aux œufs d’or

13 Avril 2022

Le 31 mars, a eu lieu la vente des activités portuaires et logistiques en Afrique du groupe Bolloré à un autre géant du secteur, pour un montant de 5,7 milliards d’euros.

C’est l’équivalent de presque quatre fois le budget annuel de l’Éducation de la Côte d’Ivoire. Et ce n’est encore que la partie émergée de ce que Bolloré a gagné avec sa filiale Africa Logistics. C’est au début des années 1980 que ce capitaliste spécialisé dans le papier a investi en Afrique, à la faveur de privatisations d’installations portuaires. Aujourd’hui, elle est considérée comme l’activité la plus rentable du groupe, à l’ombre des dictatures protégées par l’armée française. Les profits issus du travail de plus de vingt mille salariés qui chargent et déchargent des marchandises dans 42 ports d’Afrique et les transportent par camions appartenant à Bolloré ou en utilisant trois concessions ferroviaires, sont allés dans la poche de Bolloré père et fils. Ils s’en sont servis pour mettre la main sur l’agence de publicité Havas, la chaîne CNews, Hachette, des groupes de presse.

Le repreneur, MCS (Mediterranean Shipping Company), est un groupe basé en Suisse appartenant à une famille italienne qui dispose déjà d’une flotte de 560 navires et plus de 100 000 employés, avec la gestion de terminaux à Singapour, à Long Beach en Californie et à Rotterdam. Le rachat de Bolloré Africa Logistics permettra de relier ce réseau aux terminaux africains et, de là, à l’intérieur du continent. MCS a les moyens d’une telle acquisition grâce aux profits faramineux qu’il réalise en participant, comme ses concurrents, à la flambée des prix du transport maritime et aux tensions sur la chaîne d’approvisionnement.

Tous ces groupes ont une part de responsabilité dans la famine qui s’annonce en Afrique. La solution serait de les exproprier pour que leurs puissants moyens de stockage et de transport, maritimes et terrestres, servent à acheminer des biens de première nécessité là où ils manquent cruellement.

Jean SANDAY