Amazon : la grève touche tous les entrepôts

13 Avril 2022

« Le patron va dans l’espace, les ouvriers mangent des pâtes » : c’est ainsi qu’un travailleur d’Amazon résumait ses raisons de faire grève, sur le piquet du site de Boves, près d’Amiens. Depuis le 1er avril, des grèves, des débrayages et des piquets filtrant les entrées et sorties de camions touchent les huit sites de distribution Amazon France.

À l’annonce des 3 % d’augmentation proposés par la direction dans le cadre des négociations annuelles, plusieurs dizaines de travailleurs de l’entrepôt de Saran dans le Loiret, qui compte 2 200 salariés, ont débrayé spontanément. Une intersyndicale a ensuite appelé à la grève et sur l’ensemble des sites, plus d’un millier de travailleurs ont débrayé entre le dimanche 3 et le mardi 5 avril.

À Boves, près d’Amiens, les travailleurs étaient toujours mobilisés jeudi 7 avril, où plusieurs dizaines de grévistes se sont retrouvés au piquet de grève. Dans les discussions, chacun a fait les comptes de tout ce qui augmente, tandis que les salaires ne décollent jamais. Un travailleur rappelait : « Bezos a remercié les employés d’Amazon de lui avoir permis d’exaucer son rêve alors que nous, on ne peut pas se permettre le moindre extra. » D’autres sont revenus sur la charge de travail pendant la pandémie, sur les pressions pour en faire plus : « Tu es censé faire 60 colis de l’heure, tu pourrais passer à 100. »

La direction s’est fendue d’un communiqué pour vanter sa proposition de 3 % d’augmentation, au-dessus de ce qui se pratique dans le secteur logistique. Elle a aussi osé parler de multiples avantages dont les salariés d’Amazon bénéficieraient, parmi lesquels une prime transport de 16 euros par mois. Cette déclaration en a exaspéré beaucoup, contraints de faire des kilomètres en voiture pour aller travailler, et pour lesquels cette prime sonne comme une gifle.

Certains des grévistes d’Amazon ont vécu là leurs premiers débrayages et leurs premiers piquets de grève. Ils ont pu mesurer que leur travail est à la base de la richesse du groupe et que, contre les patrons déterminés à en tirer le maximum de bénéfices, il faut construire un rapport de force.

Nadia CANTALE