Prix des céréales : les criminels de guerre

06 Avril 2022

La guerre en Ukraine et les sanctions imposées à la Russie ont provoqué une explosion du prix des céréales sur le marché mondial. Des pays comme l’Égypte, la Somalie ou le Mozambique, très gros importateurs de blé russe ou ukrainien, pourraient connaître des famines à court terme.

L’Ukraine et la Russie sont des greniers pour la planète. Ils fournissent 30 % des importations mondiales de blé et 17 % du maïs. Une quarantaine de pays pauvres, parfois très peuplés, importent massivement du blé de Russie ou d’Ukraine. Pour l’alimentation comme pour toutes les marchandises, la guerre actuelle met en lumière l’interdépendance de tous les pays. Une fermeture durable de la mer Noire par où transitent les céréales, une réduction voire une impossibilité de réaliser les semis de printemps en Ukraine à cause de la guerre, le refus de la Russie de livrer son blé en rétorsion aux sanctions que les Occidentaux lui ont imposées, pourraient provoquer une pénurie de céréales.

La menace est réelle. Mais, en cette fin d’hiver, les récoltes ont été engrangées, une large partie des stocks ont quitté l’Ukraine et pourtant, depuis le 24 février, le cours du blé a augmenté de 35 %. Cette augmentation résulte exclusivement des opérations de spéculation menées par les courtiers du secteur, les Américains Cargill ou ADM, le Franco-Suisse Louis-Dreyfus ou encore le suisse Glencore. Anticipant sur d’éventuelles pénuries, pariant sur la prolongation de la guerre, ils achètent à la Bourse de Chicago ou de Genève, puis revendent avec une plus-value des stocks de blé déjà récolté.

Ces opérations spéculatives ont des conséquences immédiates. L’Égypte, premier importateur mondial, achète plus de 10 millions de tonnes de blé par an et doit se réapprovisionner régulièrement sur le marché. En mars, elle a renoncé à des achats de blé à cause des prix exorbitants. Les produits de base, fruits, légumes, céréales et le pain du marché libre, ont augmenté de 20 % en février. Ces hausses font mécaniquement plonger des millions d’Égyptiens dans la pauvreté et les privent parfois d’un repas. Au Mozambique, le prix de la tonne de blé est passé en un mois de 300 à 450 dollars. Au prix du blé s’ajoutent ceux du pétrole et du gaz, indispensables pour moudre la farine, fabriquer les pâtes ou d’autres aliments. En quelques semaines, le prix du pain a augmenté de 12 %. Le secrétaire général de l’ONU redoute « un ouragan de famine en Afrique ».

L’Égypte, le Mozambique et des dizaines d’autres pays pauvres avaient connu des émeutes de la faim en 2009 et 2010 après la crise des subprimes. Les surcoûts imposés par les spéculateurs, véritables criminels de guerre, contraignent les gouvernements de ces pays à s’endetter un peu plus auprès du FMI pour financer leurs importations, et à sacrifier d’autres dépenses utiles à la population.

Les dirigeants occidentaux prétendent punir Poutine et les oligarques avec leurs sanctions économiques. En réalité, ceux qui paieront sont les travailleurs et les pauvres, en Russie comme dans le monde entier.

Xavier LACHAU