Carburants : l’État aide les racketteurs

06 Avril 2022

La mesure gouvernementale de remise de 18 centimes par litre sur les prix des carburants est entrée en vigueur vendredi 1er avril, faisant passer, mais pour combien de temps, les prix sous la barre de 2 euros le litre.

Malgré tous les discours gouvernementaux, cette baisse reste dérisoire. Avec un prix autour de 1,8 euro le litre, ce sont seulement une dizaine d’euros par plein que les automobilistes économisent. Mais nombre de travailleurs sont à 10 euros près. Aussi, dès vendredi 1er avril, les automobilistes ont afflué dans les stations, mettant plusieurs d’entre elles à sec, signe du peu de confiance qu’ils ont dans la longévité de cette baisse. On les comprend : si cette remise est certes annoncée jusqu’au 31 juillet, rien d’ici là ne contraint les trusts pétroliers, les grossistes et les raffineurs qui comme Total encaissent cette remise à ne pas faire remonter leurs prix.

La baisse début avril a d’ailleurs été quelque peu amplifiée par la baisse des cours mondiaux. Ainsi les prix à la pompe ont baissé en une semaine en moyenne de 23 centimes. Dans les semaines à venir, les pétroliers pourront tout aussi bien augmenter leurs prix au prétexte que les cours mondiaux seront de nouveau à la hausse, tout en continuant à encaisser les 18 centimes gouvernementaux. Cette remise faite aux raffineurs et autres grossistes apparaîtra alors comme ce qu’elle est en réalité, une subvention, un cadeau que leur fait le gouvernement : l’État les aide à vendre leurs produits malgré leurs prix prohibitifs, sans qu’ils touchent à leurs marges. Ils rackettent le consommateur et l’État, et les trois milliards budgétés par le gouvernement pour cette remise iront grossir leurs bénéfices.

Il y a un peu plus d’un an, le prix des carburants oscillait entre 1,2 et 1,4 euro. Déjà Total faisait des profits colossaux. Les prix actuels annoncent de nouveaux records, même avec la remise « maison », publicitaire, de 10 centimes supplémentaires, annoncée par ce trust.

Total, comme Engie, comme tous les trusts capitalistes de l’énergie et des matières premières, joue sur les déséquilibres des marchés, sur les pénuries pour augmenter leurs bénéfices. Cela s’appelle des spéculateurs et, en temps de guerre, des profiteurs de guerre. Il faut les exproprier, les nationaliser sans indemnités ni rachat.

Serge BENHAM