Crimes de guerre : ceux de Poutine et ceux de l’impérialisme

23 Mars 2022

Mercredi 16 mars, le président américain Joe Biden a qualifié Poutine de « criminel de guerre ». Le secrétaire d’État Antony Blinken est même allé jusqu’à rendre hommage au procureur de la Cour pénale internationale (CPI), qui pourrait mettre en accusation le dirigeant russe.

Les États-Unis, eux, ne reconnaissent toujours pas la compétence de la même CPI, refusant de rendre le moindre compte sur leurs interventions ces dernières années en Afghanistan et en Irak. Quand la CPI avait eu la velléité de juger des crimes de guerre commis après l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, l’administration Trump avait même menacé ses magistrats de poursuites judiciaires, du gel de leurs avoirs et de la révocation de leur visa pour les États-Unis. Les dirigeants américains se présentent en défenseurs des populations civiles exclusivement quand cela leur permet de justifier leur intervention. Quand les habitants de la bande de Gaza sont bombardés d’une façon aveugle par l’armée israélienne, subissant en outre depuis des années les conséquences dramatiques d’un embargo, cela ne suscite pas de réaction de leur part, et pas davantage de la part des dirigeants des autres grandes puissances occidentales.

Biden dénonce Poutine et ses méthodes barbares. Poutine est incontestablement un dictateur, qui use de la violence non seulement contre la population ukrainienne mais pour soumettre la population russe, étouffant toute critique et emprisonnant les opposants. Mais le même Biden ne trouve pas grand-chose à redire aux méthodes ô combien barbares employées par le prince au pouvoir en Arabie saoudite, à la tête d’un régime dictatorial imposant un islam rétrograde, capable de faire assassiner sauvagement un journaliste et de faire exécuter 81 personnes en une journée.

Pour asseoir et consolider sa domination sur le monde, l’impérialisme américain a toujours eu besoin de se présenter comme le champion de la démocratie et du droit des peuples. Pourtant, son histoire, comme celle de tous les autres impérialismes, est une succession de guerres faites à des peuples entiers pour les asservir, à commencer par ceux du continent américain, de soutien à toutes sortes de dictatures, d’interventions militaires, en Amérique latine, en Europe au cours de deux guerres mondiales, au Vietnam, au Moyen-Orient… Tout au long de cette histoire sanglante, les dirigeants des États-Unis n’étaient guidés que par une seule véritable préoccupation : défendre les intérêts de leur bourgeoisie face à ses concurrents, et lui garantir sa part du butin dans le pillage et l’exploitation des peuples et des travailleurs du monde entier.

Usant de la même propagande mensongère que ses prédécesseurs, Biden cherche à redorer auprès de sa population l’image du gouvernement américain, ternie par des années d’interventions désastreuses en Irak, en Afghanistan et par d’autres plus anciennes. Au-delà du conflit actuel en Ukraine, Biden veut aussi entretenir « l’esprit patriotique américain », en particulier l’idée que la population pourra être mobilisée dans l’avenir, comme elle l’a été à plusieurs reprises. Derrière le motif invoqué de la défense de la liberté et du droit des peuples, il s’agit de continuer à jouer le rôle de gendarme de l’ordre impérialiste. Quand Macron, en représentant d’un impérialisme de seconde zone, ou d’autres dirigeants européens, tiennent les mêmes discours à leur population, ils cherchent à la tromper de la même façon que Biden.

Les mensonges, les postures de défenseurs de la liberté des peuples adoptées par les dirigeants occidentaux, les campagnes médiatiques qui les accompagnent, sont une exploitation des réactions bien justifiées des populations devant l’horreur de la guerre. Mais ils n’ont d’autre but que de fournir une couverture au maintien à tout prix d’un ordre impérialiste insupportable et de moins en moins viable.

Combattre ces mensonges, défendre les idées internationalistes et la perspective d’un renversement de l’impérialisme par les travailleurs est la seule façon d’offrir un autre avenir à l’humanité.

Marc RÉMY