Corse : vrais problèmes, fausses solutions

23 Mars 2022

Mardi 22 mars, en Corse, des lycées étaient à nouveau bloqués et l’indignation était générale après le décès d’Yvan Colonna survenu la veille à l’hôpital Nord de Marseille, où il était dans le coma depuis qu’un codétenu à la prison d’Arles l’avait agressé.

Yvan Colonna avait été condamné à perpétuité pour l’assassinat du préfet Claude Érignac en février 1998, assassinat jamais revendiqué. Depuis son agression en prison, les manifestations se sont multipliées, regroupant des milliers de manifestants, souvent très jeunes. Ils accusent l’État français d’avoir commandité l’assassinat d’Yvan Colonna, le dénoncent pour avoir refusé que les prisonniers corses soient transférés dans la prison de Borgo en Corse. Ce transfert aurait permis aux familles de rendre visite à leurs proches prisonniers, car la cherté des transports rend difficile d’aller les voir à Arles. Les banderoles des manifestants dénoncent « Statu Assassinu ».

De fait, l’État n’a pas su assurer la sécurité du prisonnier ; sans doute en raison du manque de gardiens puisqu’une dizaine de postes sont restés vacants à la prison d’Arles. Cela explique-t-il l’assassinat ? L’enquête le dira peut-être, mais la colère qui s’exprimait dans les manifestations prend aussi sa source dans la situation qui prévaut dans l’île.

Depuis 2015, la Corse a sa propre assemblée et un exécutif où les nationalistes, autonomistes, indépendantistes ont la majorité. Cela n’a rien changé pour la population pauvre. Les prix restent au plus haut, l’hôpital n’a pas embauché, le travail au noir dans les grandes exploitations de la plaine où les ouvriers agricoles immigrés sont surexploités se poursuit sans entrave.

La Corse est une des régions les plus pauvres, et même la plus pauvre du pays avec un habitant sur cinq sous le seuil de pauvreté (moins de 1 080 euros par mois), soit 60 000 habitants. Il manque plus de 9 000 logements, alors que l’immobilier de luxe ne connaît pas la crise. La quasi-totalité de l’économie de l’île est entre les mains de quelques milliardaires, fonds de pension, assurances, et elle compte autant de riches que la région de Lyon. L’Insee reconnaît que le coût de la vie en Corse est bien plus élevé que dans l’Hexagone. Quant au nombre d’accidents du travail, il y a fortement augmenté.

Le gouvernement a aidé le patronat. Le plan Salvezza lui a fourni 400 millions, dont 300 apportés par l’État et 100 par les collectivités territoriales. Mais ces sommes n’ont pas été utilisées pour améliorer les routes, les transports en commun, cruellement déficients, ni les hôpitaux. Bien souvent les malades doivent partir à Marseille pour être soignés.

Ceux qui s’affirment comme les porte-parole de la colère des manifestants n’ont d’autre revendication que plus d’autonomie, autrement dit plus de moyens pour les notables et les patrons locaux. C’est sur ce terrain que l’État leur répond puisque Gérald Darmanin a passé trois jours en Corse pour en parler avec le président du conseil exécutif, Gilles Siméoni. Il s’est dit prêt à envisager une évolution de la situation statutaire de l’île, voire à lui accorder l’autonomie, Darmanin posant l’arrêt des « violences » comme condition de l’ouverture des discussions.

Ce genre de promesse est le moyen classique de gagner du temps sans rien répondre. Car la vraie violence est sociale : « La Corse est médaille d’or de la pauvreté », a titré un journal corse. La cause de cette pauvreté n’est pas le pouvoir plus ou moins important des politiciens locaux mais le patronat, corse et hexagonal, et sa soif inextinguible de profits.

Correspondant LO