“Une idée révolutionnaire peut avoir des conséquences formidables”

16 Mars 2022

Nathalie Arthaud poursuit sa campagne et continue à défendre le programme de lutte du camp des travailleurs dans ses réunions publiques. Elle était à Grenoble le 9 mars et à Dijon le 11, où une rencontre avec des jeunes a également eu lieu en début d’après-midi.

Plusieurs questions ont tourné autour des revendications essentielles aux travailleurs pour faire face aux augmentations de prix. À Dijon, un participant demandait s’il ne faudrait pas encourager les petits patrons à augmenter les salaires en allégeant leurs charges, tandis qu’un autre doutait de la possibilité de mettre le salaire minimum à 2 000 euros.

Un camarade a répondu qu’il n’avait aucune confiance dans ce que disent les patrons et qu’il faut « mettre le nez dans leurs affaires, leur contester le droit de tout décider, de nos salaires comme de la façon dont on travaille, de ce qu’on produit et de comment on le produit ». Une idée appuyée par Nathalie, qui a insisté : « le plus important, c’est que les travailleurs se donnent les moyens de contrôler où est l’argent et à quoi il sert. C’est non seulement légitime, puisque nous faisons tout fonctionner, mais c’est indispensable. En ce moment, on voit les prix du carburant flamber. On nous dit que c’est une répercussion de la guerre, alors qu’il n’y a pas de blocus sur les carburants, pas de pénurie. On nous parle des "réactions du marché", mais cela veut dire la spéculation, l’enrichissement des trusts de l’énergie. Alors il faut imposer la transparence et le contrôle ouvrier si nous ne voulons pas être condamnés à subir leur logique du profit. »

La tentation du « vote utile » s’est aussi exprimée dans les débats. À Grenoble, un participant rapportait sa discussion avec un travailleur voulant voter Mélenchon parce que, « face à Le Pen, il faut parer au plus pressé ». Pour Nathalie, le lien doit être fait avec le raisonnement sur la guerre en Ukraine et l’urgence d’aider ses victimes : « Parer au plus pressé, dans une guerre, cela veut dire s’aligner derrière les Macron et nous empêcher nous-mêmes de construire notre propre politique, notre parti. On met nos idées, notre drapeau dans notre poche sous prétexte de répondre à l’urgence, et c’est pour cela qu’on recule. »

À Dijon, lors du débat avec les jeunes, l’un d’entre eux a reconnu que la domination impérialiste est à l’origine de la guerre mais que ne pas réagir contre l’invasion lui pose un problème éthique. On ne peut que comprendre la frustration éprouvée à se sentir démunis face à l’horreur de la guerre, mais, a souligné Nathalie, « l’aide venant des pays impérialistes n’est jamais gratuite et c’est une corde passée au cou des peuples. Notre désarmement face à cette situation vient de notre absence d’organisation. »

Comme l’a rappelé notre camarade, le mouvement ouvrier est riche d’une expérience précieuse des situations créées par la guerre. Elle a évoqué la poignée de militants ouvriers restés fidèles à l’internationalisme alors que la Première Guerre mondiale amenait les dirigeants de leurs organisations à soutenir leurs bourgeoisies et leurs gouvernements va-t-en-guerre. Isolés, emprisonnés ou sur le front parmi les autres prolétaires en uniforme, « heureusement qu’ils n’ont pas baissé les bras. Car dans les périodes d’ébullition, de chaos, le moindre début d’idée révolutionnaire peut avoir des conséquences formidables, et c’est ce qu’ont vécu ces militants, passés directement du front, de la prison ou de l’exil à la tête de révolutions. »