Réfugiés : bienvenue aux Ukrainiens et à tous les autres

09 Mars 2022

Les bombardements, les combats, les pénuries poussent des centaines de milliers d’Ukrainiens, deux millions selon l’ONU, sur les routes de l’exil.

Les télévisions montrent les images de mères et d’enfants en larmes tentant d’atteindre la frontière polonaise. Elles montrent aussi les gymnases, les cantines et les bus mis à leur disposition, des familles françaises et des municipalités prêtes à les accueillir. La presse, les ministres et les autorités les y encouragent, multipliant les déclarations sur les crimes de guerre et le devoir de solidarité envers les peuples martyrs, appelant aux manifestations, organisant des soirées de solidarité, etc.

Les horreurs de cette guerre sont indéniables, comme le sont l’émotion de la population en Europe et sa volonté de faire quelque chose, d’être utile, d’accueillir les réfugiés. La campagne médiatique et les déclarations officielles, en revanche, dureront peut-être moins longtemps que la guerre et, en tout cas, pas autant que ses désastres. Les conflits armés, les personnes déplacées, les villes rasées, les camps de réfugiés et les barbelés font malheureusement désormais partie du quotidien.

De plus, on ne peut que constater la différence de traitement médiatique et politique entre cette guerre et quelques autres. En Ukraine, les journalistes et les responsables politiques français se disent avec la population bombardée, qualifient les bombardements de criminels et parlent d’accueillir ceux qui fuient les bombes. En Irak, en Syrie, en Afghanistan et autres pays où sont intervenues les armées de l’impérialisme, les mêmes pouvaient trouver les bombardements nécessaires, qualifier la population, ou du moins une partie d’entre elle, de criminelle. Ceux qui fuyaient les bombes pouvaient se noyer dans la Méditerranée, geler dans les Alpes ou périr dans le désert sans attirer la moindre aide. Le regard d’un enfant quittant sa maison en flammes est-il si différent à Kiev et à Bagdad ?

C’est que les indignations sont à géométrie variable, en fonction de l’intérêt immédiat des États occidentaux et des capitalistes qu’ils représentent. Ces intérêts sont changeants. Les réfugiés ukrainiens, aujourd’hui accueillis, peuvent demain se retrouver bannis par un renversement d’alliances, comme l’ont été il n’y a pas si longtemps les Kurdes, ou simplement abandonnés, comme l’ont été les Afghans. La seule certitude est qu’il ne faut accorder aucun crédit aux puissants, y compris quand ils prétendent afficher leur solidarité avec les réfugiés ukrainiens. La simple humanité commande d’exiger la libre circulation pour tous les réfugiés, qualifiés ou non de migrants, d’où qu’ils viennent et où qu’ils aillent.

Paul GALOIS