Médias : aux mains du grand capital

26 Janvier 2022

L’éventuel rachat du groupe M6, propriété de la société allemande Bertelsmann, par le groupe TF1, propriété de la famille Bouygues, a amené des sénateurs socialistes et écologistes à créer une commission d’enquête sur la concentration dans les médias.

Inquiets de voir se constituer des monopoles médiatiques qui étoufferaient « la démocratie et la liberté de la presse », ces élus ont convoqué les principaux grands patrons de la presse et de l’audiovisuel.

Auditionné le 19 janvier, le milliardaire Vincent Bolloré s’est acheté en 2016 le groupe Canal Plus, auquel appartient la chaîne d’information CNews, anciennement I-Télé. Après s’être débarrassé de quelques journalistes ou chroniqueurs qui lui déplaisaient, il en fait une tribune pour Zemmour et le porte-voix de positions d’extrême droite. En rachetant à Lagardère Europe 1, Paris Match, Le Journal du Dimanche, dont il était déjà actionnaire, Bolloré va étendre son emprise médiatique, auquel s’ajoutera peut-être Le Figaro, actuellement détenu par la famille Dassault. Il est aussi propriétaire du groupe Prisma (Femme Actuelle, Gala, Voici, GEO, Capital) et de la société Editis, contrôlant ainsi notamment les éditions Le Robert, La Découverte, Bordas et Nathan. Mais les sénateurs ne verront probablement pas là un monopole.

En effet, face à Bolloré, se dresse une autre puissance, celle de Bernard Arnault, propriétaire du groupe LVMH. Celui-ci a été entendu le 20 janvier par la commission sénatoriale car il possède Le Parisien-Aujourd’hui en France, Les Echos, Radio classique, des participations dans la maison d’édition Madrigall, possédant entre autres Flammarion. Mais d’autres encore doivent se présenter devant les sénateurs : Xavier Niel, qui, en plus de Free, contrôle Le Monde, L’Obs, Nice Matin ; le patron de SFR Patrick Drahi, qui a aussi la main sur Libération, L’Express, BFM-TV et RMC.

Les Arnault, Bolloré, les Bouygues et autres Dassault, que les sénateurs vont entendre, n’ont pas à trembler : après avoir été écoutés poliment, ils pourront continuer de jouer au Monopoly avec les médias et les maisons d’édition, acheter et vendre journaux et journalistes. Les grands médias sont dans les mains du grand capital, ce n’est pas nouveau et cette commission n’y changera rien. « Partout dans le monde, partout où il y a des capitalistes, la liberté de la presse signifie la liberté d’acheter des journaux, d’acheter des écrivains, de corrompre, d’acheter et de fausser l’“opinion publique » au profit de la bourgeoisie” : cent ans après qu’elle a été écrite par Lénine, cette phrase n’a pas pris une ride.

Boris SAVIN